Parasite : Au final on a tous notre parasite et on est tous le parasite de quelqu’un

Bong Joon-Ho fait partie de cette très belle vague de cinéastes coréens très apprécié par les cinéphile avec des films comme The Host, Mother ou encore Memories of Murder. Trois oeuvres qui ont marqué les années 2000. On pourrait même faire un top 10 des films des années 2000 avec ces trois films. Très peu de personnes peuvent se permettre d’avoir trois films dans un top 10 d’une décennie. Quand Parasite commence son aventure à Cannes, on s’attendait à un grand film comme nous l’a habitué Bong Joon-Ho dans pratiquement toute sa filmographie, mais on ne s’attendait sûrement pas à son parcours qui aura changé la perception du grand public sur le cinéma asiatique.


La fiche

  • Réalisateur : Bong Joon-Ho
  • Scénaristes : Bong Joon-Ho, Jim Won Han
  • Casting : Song Kang Ho, Lee Sun Kyun, Cho Yeo Jeong, Choi Woo Shik, Park So Dam, Lee Jung Eun
  • Synopsis : Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne…
  • Date de sortie : 5 juin 2019

Après deux grosses productions américaines, Parasite signe le grand retour de Bong-Joon Ho en Corée du sud. C’est aussi un moment ou Song Kang-Ho est toujours dans le bon coup quand il s’agit de retrouver l’un des plus grands, réalisateurs composant le 7e art moderne. Quand on voit Parasite, c’est aussi un moyen de parler d’une des thématiques préférés de Bong Joon-Ho: la lutte des classes dans la société coréenne .

D’habitude, les films de Bong Joon-Ho commencent très fort et on sait tout de suite de quoi va parler le film. On pense à Memories of Murder, on pense à The Host avec l’intervention du monstre dès le premier tiers, on peut aussi penser à Okja qui pose dans les 5 premières minutes l’enjeu principal du film. Pour Parasite, ce sera complètement différent ou Bong Joon-Ho va filmer la famille du personnage de Song Kang Ho (Ki-Taek) comme un film qui avait reçu la palme d’or en 2018 : une affaire de famille de Hizokazu Kore-Eda. La comparaison est bonne tant qu’on voit cette façon de filmer ces oubliés de la société tentant de survivre tant bien que mal. Dans Parasite, on voit la famille de Ki-Taek qui vivent à l’étroit en captant le Wi-Fi du voisin depuis les toilettes. Ce qui est appréciable dans une affaire de famille et Parasite, c’est qu’on avait une certaine image des pays asiatiques riches, mais suivre ces deux familles est un retour à la réalité, cette dure réalité nous expliquant le modèle ultra-libéral. Ces deux familles ne sont qu’un exemple des nombreuses personnes touchés par ce modèle et cette société ne s’intéressant qu’à l’argent.

La comparaison peut s’arrêter la, car ils vont prendre un chemin différent. Si dans Parasite, on a un premier tiers assez calme, c’est parce que Bong Joon-Ho veut nous mettre dans l’ambiance des personnages. En quelques minutes on s’attache à ces personnages. Cela marche très bien puisqu’on a de la peine, on a un attachement et on a envie qu’ils s’en sortent. Quand ils ont l’occasion d’aller dans cette maison de riche, notre inconscient les encourage, car on connaît la situation et le quotidien galérien de cette famille.

C’est aussi pour évoquer son titre. Parasite, ce n’est pas un mot qu’ils ont trouvé au pif dans le dictionnaire, il y a une raison. Quand on ouvre le dictionnaire, un parasite est une personne vivant aux dépens d’une autre sans la détruire. Pour Bong Joon-Ho, on a tous notre parasite. Pour la famille qu’on suit depuis le début du film, c’est le cafard qui vit dans les bas-fonds de la ville. Pour cette famille riche, c’est la famille de Ki-Taek, mais dans Parasite, on est loin du rapport habituel entre les riches et pauvres, car ils sont à leurs manières des Parasites. Ils ont besoin d’un gouverneur pour tout faire, d’un conducteur privé alors qu’ils peuvent conduire tout seul. Les riches parasite la vie de la classe moyenne sous prétexte qu’ils ont beaucoup d’argent. Au final, Il y a les parasites pauvres qui utilise les riches pour faire une sorte d’ascension sociale, mais ils ont besoin d’eux pour rester dans la haute société et les parasites riches qui ont besoin d’avoir un conducteur ou une gouvernante pour leurs plaisirs personnel, sauf qu’eux se permettent de les détruire car ces gens bossant pour les riches ne sont que des pions remplaçable. Le capitalisme enlève le côté humain d’une relation.

Tout la force du film montre qu’on n’est pas sur un rapport du pauvre gentil et du méchant riche. Je parlais tout à l’heure qu’on encourage cette famille dans leurs stratégies, mais au fur et à mesure de l’avancée du film, on est confronté à notre morale. Quand je voyais Parasite, je me disais qu’au final, ils profitent en quelques sortes de la naïveté et d’une certaine gentillesse de cette famille riche. Avec parasite, Bong Joon-Ho offre une nouvelle lecture de cette lutte des classes en montrant que les personnages sont prêt à tout pour rester des parasites d’autres personnes, car c’est la société qui nous parasite. Qu’on soit riche ou pauvre, notre parasite c’est la société. Nous sommes des produits de cette société si individuelle, si triste, si violente. Tout ces termes se retrouvent dans la mise en scène du cinéaste coréen.

Bong Joon-Ho combat les stéréotypes des films sur la lutte des classes grâce à l’excellente écriture. Lui et son co-scénariste Jim Won Han ont décidé d’utiliser une certaine écriture selon le genre utilisé. La première partie du film, c’est une comédie noire, pour devenir un huis clos, en seconde partie on aura un autre genre etc, etc. Il y a une telle richesse dans cette proposition que Parasite est si atypique. Quand d’autres films se foire en utilisant plusieurs genres. Pour Parasite, Bong Joon-Ho utilise les genres pour expliquer son message en ayant une telle fluidité. Quand on fait un second visionnage, on ne voit pas passer les changements de ton, c’est signe d’une très grande maîtrise.

La maîtrise, on la voit aussi dans sa mise en scène. Les rares critiques négatives sur le film parlent d’un film qui n’a que deux décors, mais par l’intermédiaire de la maison des pauvres et la maison des riche, il y a tellement de choses à en dire. Il y a une grosse différence dans cette façon de filmer les deux maisons. Quand on est chez Ki-Taek, on a cette caméra très proche des personnages, car ils vivent à l’étroit avec une colorimétrie très pauvre. Quand le fils arrive chez cette famille riche, c’est une tout autre façon de réaliser, et même avant qu’il entre dans la maison. Quand il quitte sa maison, le champ s’élargit, l’ombre diminue, la lumière est de plus en plus forte. Le fait de suivre ce personnage qui monte montre qu’il est dans une ascension sociale, qu’il quitte une classe pour aller dans une autre classe. L’élément qui montre cette différence entre les « deux classes « , c’est la beauté des décors. Au fur et à mesure qu’il s’approche de cette maison, la végétation arrive avec des couleurs plus vives. En quelques minutes, Bong Joon-Ho nous montre le passage entre l’extrémité pauvre et l’extrémité riche. D’une façon différente de Memories of Murder il montre les deux visages de la Corée.

Parlons maintenant de cette maison qui attire cette famille qu’on suit depuis le début du film. Quand le personnage de Woo-sik Choi (Ki Woo) rentre dans cette maison, c’est la confirmation de son ascension sociale comme une ligne d’arrivée, car maintenant, il est dans l’élite coréenne. Cette élite coréenne est distinguée par un grand jardin, par une maison bien ordonné, mais simple. Cette simplicité s’explique par cette routine de la vie pour cette famille. Bong Joon-Ho se moque en début de film de la classe pauvre qui galère et boivent une bière quand ils trouvent du Wi-Fi. Il y aussi une moquerie chez les riches avec leurs quotidiens de vie et sur le fait que cette vie et leurs personnalités sont si prévisible. C’est l’occasion de parler de cette séquence formidable ou par cette prévisibilité de cette famille, la famille Ki-Taek, quand ils sont chez eux sont en répétition. Avec le montage, on alterne entre les répétitions et sur ce qui se passe dans la vie afin de se rendre compte de cette prévisibilité. Cette séquence a un double intérêt, elle sert au récit tout en dynamisant ce même récit.

Je parlais de cette séquence avec un excellent montage, mais il y a aussi les musique toujours bien utilisées dans les films de Bong. Ce genre de séquence respire la maîtrise, respire le rythme et permet avoir un film divertissant avec aucun temps morts. Plus on avance, plus une tension arrive et cette tension arrive toujours à être aussi puissante même après plusieurs visionnages.

Cela fait depuis un an que Parasite a obtenu la palme d’or, l’occasion de faire un premier bilan de son importance dans le cinéma. C’est un succès en Corée du Sud, au Japon, c’est le premier film coréen à être regardé par plus d’un million de personnes. En France, sa palme d’or est devenu un grosse bouche à oreille. En seulement 29 jours d’exploitation, c’est le premier film d’origine asiatique a obtenir le millions d’entrée depuis le film d’animation « Arrietty, le petit monde des chapardeurs » et c’est une première depuis la vie d’adèle qu’une palme d’or obtient le million d’entrées. On s’attendait à un grand, film, mais pas forcément d’un petit raz de marée où c’est devenu le film à voir, le film évoqué sur les réseaux sociaux.

On peut parler d’un véritable phénomène, un phénomène qu’on n’arrive pas à expliquer. Il est déjà compliqué de dire quelques mots du film tant qu’on a envie de garder la surprise, tant qu’on a tellement aimé ce film, tant qu’il nous fait si bien comprendre cette violence de la société ou tout le monde cherche son intérêt. Ce phénomène s’est poursuivi lors des récompenses avec un sans-faute sur le meilleur film en langue étrangère, mais il a crée une énorme sensation lors des Oscars 2019 ou le cinéaste coréen remporte 4 oscars propulsant Bong Joon-Ho dans une autre dimension et Parasite est déjà un film qu’il faut voir. La perfection n’existe pas, mais Parasite s’en rapproche le plus. On ne s’en rend pas forcément compte, car le film est encore frais pour nous, mais dans 15 ans, je serais curieux de le voir comment on va en parler avec d’autres très grands chefs d’œuvres qui comme Parasite se rapprochent de la perfection.


Parasite est un grand film par toutes ses lectures qu’on peut en faire, par son mélange de genre, tout en ayant en tête la thématique principale du film. Tant de choses à dire, car Parasite reste un mystère par son effet boule de neige ou tout est aller extrêmement vite depuis sa palme d’or. En quelques mois, il a déjà tant marqué et continuera à marquer d’autres générations et sûrement l’un des classiques à voir quand on est fan de cinéma.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s