La Fille au bracelet : Le doute quand on est un juré

Des films, des séries ou il y a des procès, ce n’est pas quelque chose qui se fait rare dans le paysage audiovisuel. Pour ne citer qu’une seule œuvres afin d’éviter de faire une critique ou je fais juste une vulgaire liste des films sur ce sujet, on peut citer « 12 hommes en colère » de Sidney Lumet. On ne va pas aller plus loin dans la comparaison, car il est foncièrement totalement différent du long-métrage de Stéphane Demoustier, car le film du cinéaste américain suit le système judiciaire américain au moment du choix de la délibération des jurés afin de conclure au procès. Vous le savez que chaque pays à son propre système et c’est pour cela qu’on va vite revenir sur le film en question.

Pour faire ce troisième film qui va s’intéresser à une affaire judiciaire, Stéphane Demoustier s’est inspiré du scénario du film espagnol « Acusada » sortie l’année dernière, ce dernier va suivre Dolorès présumée coupable du meurtre de sa meilleure amie, elle attend son procès depuis deux ans. Avec l’aide de sa famille elle aura l’un des meilleurs avocat de la ville pour préparer sa défense, mais à quelques jours du procès, Dolorès est au centre d’un véritable déchaînement médiatique et des secrets font surface.

Même si en lisant le synopsis d’Acusada et en voyant la « version française », on ne peut pas parler d’un remake, mais plutôt d’une inspiration. En lisant le script du film espagnol par l’intermédiaire du producteur de son film Jean des Forêts, Stéphane Demoustier développe un nouvel angle en ne s’intéressant non pas à l’accusé, mais aux gens qui entourent l’accusé. Dans la version française Lise est accusée d’avoir tué sa meilleure amie. Comme vous le voyez synopsis est assez proche d’Acusada, mais ce sera la seule comparaison qu’on pourra faire. Demoustier va avant tout faire un film ou « l’action » va se dérouler dans un tribunal.

La fille au Bracelet n’est pas un film que j’attendais à particulièrement aimé par rapport à mon expérience des œuvres sur des procès. Je parle surtout sur les procès en eux-mêmes et pas sur les coulisses. La raison, c’est beaucoup d’œuvres ont cette tendance à rendre le procès comme un événement spectaculaire et sensationnel avec des applaudissements et des violons qui sont prêt à jaillir après la délibération. Le film évite de tomber dans ce piège, car Demoustier le voit comme un documentaire sur le système judiciaire français, ce qui nous permet de voir comment ça se passe lors d’un procès. on se rend compte qu’entre l’affaire et le procès, le temps est sacrément long. La force du long-métrage, c’est d’avoir un film du moins dans les phases tribunal qui n’a pas de point de vue, il y a cette intelligence que la mise en scène soit en retrait pour donner de l’accent au procès et on va vivre le film comme si on était un juré.

On peut voir ce film comme une invitation à un jeu, si on l’accepte, le film prendra une autre tournure, car il n’y a pas de flash-back sur l’affaire. on découvrira les éléments de l’enquête en même temps que les jurés, notre avis se basera sur les témoignages et les faits. Pendant tout le film, on réfléchit si Lise est innocente ou coupable. Il y a toute une force avec le rythme car la la tension sera forte au fur et à mesure de l’avancée du procès. On a cette sensation que la décision des jurés est crucial en plus qu’on soit dans une situation assez stressante.

À quelques moments, on s’éloigne du tribunal pour être dans la maison de Lise. Non pas pour avoir son point, car le but, c’est que le spectateur ne soit pas impliqué émotionnellement avec la présumée coupable, mais pour suivre le point de vue du père qui comme nous est dans le flou. Ces scènes ne sont pas si nombreuses, mais permettent de voir une famille si déchirée, quand on voit le père qui arrive à être si touchant grâce à la grande performance de Roschdy Zem. On voit ce père qui a tout abandonné pour soutenir sa fille. Il y a aussi la mère qui a complètement tout lâché, voir même abandonné sa fille, car elle a perdu cet espoir et essaye déjà de réfléchir à l’après. Enfin le petit frère qui ne se rend pas forcément compte de la gravité de la situation. 

Puisqu’on parle de la performance de Roschdy Zem, il faut saluer l’ensemble du casting qui nous permet de vraiment jouer au jeu. Je pense à l’avocate de Lise (Annie Mercier), à la procureure (Anaïs Demoustier), un personnage qu’on pourrait détester tellement qu’elle s’acharne sur Lise alors qu’elle fait juste son boulot. Avec ce film, je n’avais pas forcément l’impression de voir des actrices qui joue un rôle, mais plutôt deux personnes dans la profession du droit passionnées par leurs boulots, leurs buts est de convaincre les jurés et surtout nous.

On n’a pas encore évoqué Melissa Guers qui incarne Lise, mais si on a des doutes c’est parce que son personnage a un comportement si étrange par rapport à l’affaire. À travers, Lise, Stéphane Demoustier s’interroge sur le décalage entre deux générations différentes, cela se ressent quand le père de Lise va avoir une autre image de sa fille, qu’il ne va pas forcément la comprendre et qui va avoir des doutes au travers du procès. Même dans le procès, il y a une vision différente quand deux personnes sont de la même génération. On est vraiment sur ce décalage de notre vision quand on voit des adolescents en phase d’être des adultes, surtout avec cette affaire ou Lise s’est refermée et a perdu toute petite forme de liberté. Elle n’a simplement plus de vie et c’est pour cela qu’elle a un comportement si étrange. La phrase de l’avocate de Lise est une bonne conclusion à notre interrogation qu’on porte sur ce film.

La fille au bracelet n’est pas un film facilement abordable, mais si on joue au jeu que nous propose Stéphane Demoustier, on y trouve une expérience qu’on ne voit pas souvent au cinéma. Même après le film la question qu’on se pose depuis le début du procès existe toujours et nous fait toujours cogiter. Je ne sais pas pour vous, mais en commentaire en précisant que vous allez spoiler, si pour vous Lise est innocente ou coupable.

« La fille au bracelet » est un film de Stéphane Demoustier, adapté du scénario du film « Acusada » de Uilises Porra et Gonzalo Tobal par Stéphane Demoustier. Avec Roschdy Zem, Chiara Mastroianni, Melissa Guers, Anaïs Demoustier et Annie Mercier


Pour Aller plus loin

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s