Les Sept de Chicago : Sorkin derrière la caméra ce n’est pas encore la bonne

Si le script du deuxième long-métrage de Aaron Sorkin date de la décennie précédente, on ne peut pas s’empêcher de penser que s’il sort en 2020 ce n’est pas un hasard. Quand on résume les sept de Chicago, on voit que Sorkin a s’en doute réadapter ce qu’il avait écrit quand il a tourné son film afin que cela colle à l’actualité.

Les sept de Chicago est un film retraçant le procès des sept organisateurs de la manifestation en 1968 lors de la convention nationale démocrate de 1968 à Chicago. Cette manifestation à eu lieu afin de protester contre le choix du gouvernement américain de faire la guerre du Viêt Nam et les choix politiques du président Lyndon B Johnson. Quand on résume le film et qu’on repense à ce début de film assez rythmé, toutes les cases sont cochées. On voit un pays plongé dans une violence, on voit un pays divisé, on voit des hautes instances ne respectant plus leurs rôles et surtout ce qui est très frappant dans le film cette violence policière qui sera très présente. On peut dire que le script date, mais on est obligé de voir, un propos politique de la part de Sorkin sur des événements actuelles et surtout la date de sortie du film, à quelques semaines d’une élection assez cruciale pour ce pays.

Qu’on aime ou qu’un déteste le style d’écriture de Sorkin, on est intéressé par le film par son sujet et l’importance qu’on a vu sur les ressemblances entre ce qui s’est passé à l’époque de cet événement et maintenant. Quand on adore Sorkin, et surtout un film en particulier qu’il avait écrit : « Des hommes d’honneur » de Rob Reiner qui lui aussi est un film de procès, on prendra beaucoup de plaisir à suivre son second film. Sorkin est un scénariste qui adore des dialogues et un film écrit par lui se traduit par un film avec énormément de dialogue. C’est un style qu’il faut apprécier, mais qui sublime quand il est accompagné par un très grand réalisateur. On pense avec sa collaboration avec Fincher pour « The Social Network » et « Le Stratège » de Bennett Miller. Tout cela pour dire que Sorkin qui fait un film dont le sujet est un procès, qu’on pourrait même appeler de procès politique, il y a de quoi être confiant.

C’est d’ailleurs confirmé assez rapidement dans le film, Sorkin nous régale de dialogues intéressants. C’est parfois un ping-pong très rythmé entre différents personnage. Le cinéaste apprécie beaucoup raconter cette histoire dans l’ensemble par l’intermédiaire des huit personnages qui sont différents, qui combattent la même chose, mais qui idéologiquement sont différents, ce qui va créer énormément de tensions. On pense notamment à Tom Hayden (Eddie Redmayne), leader et ancien président du Students for a democratif Society, et Abbie Hoffman (Sasha Baron Cohen) , membre fondateur du Youth International Party. Quoiqu’il en soit, on est sur du Sorkin dans le texte et les gens qui apprécient le bonhomme, vont grandement apprécier ce film, alors que les gens aimant moins son style, vont passer un très mauvais moment, sachant que le Sorkin cinéaste est très peu présent.

Le réalisateur bénéficie d’un excellent casting, qui maîtrise assez bien leurs sujets. Ce sont tous des acteurs confirmés rendant un film plutôt agréable et servant plutôt l’écriture de Sorkin. J’ai parlé au début de Eddie Redmayne et Sacha Baron Cohen, car on retrouve dans ces deux acteurs ce qui font leurs forces, mais qui nous offre par moment bien précis des subtilités, on ne les voyait pas forcément dans ce registre. Eddie Redmayne a souvent les rôles du mec gentil. Dans le film de Sorkin va nous donner des interrogations nous faisant un rappel que la vérité n’est ni rose ou ni noire. Pour Sacha Baron Cohen, on retrouve son côté comique, mais Sorkin lui offre un sous-texte que ce soit dans ses provocations auprès du juge toujours dans le bon timing. Il y a aussi ses stands-up qui va lui permettre de donner son point de vue, offrant au spectateur quelque chose de sympathique. Dans l’ensemble, ils sont tous excellents, Keaton à ce don d’être convaincant en quelques plans, on est content de revoir Joseph Gordon Levitt, même s’il est beaucoup trop effacé par rapport aux autres personnages. Puis il y a Mark Rylance, qui depuis la décennie précédente continue de nous impressionner, comme un avocat, il est convaincant du début à la fin et ne perd pas le nord dans sa confrontation face au juge, qui va tout faire pour ne pas laisser la défense s’exprimer. C’est l’une des critiques de Sorkin, tout est mis en œuvre pour mettre en prison les sept leaders, afin de mettre un gros coup sur la table.

On a tendance à l’oublier, mais le cinéma est un média audio-visuel. Oui, on parle souvent dans des critiques de la musiques, d’un scénario, mais tout cela accompagne quelque chose de bien précis qui permet au film de délivrer universellement un message. C’est la mise en scène et dans la mise en scène, il faut un réalisateur avec une ADN de cinéaste, hors Sorkin est avant tout un scénariste et réfléchis avant tout comme un scénariste, ce qui pose un très gros problème dans le film.

Écrire un bon scénario ne suffit pas, quand tu n’as pas Fincher qui tient la caméra. Les sept de Chicago est un film intéressant pas son sujet, mais inintéressant d’un point de vue cinéma. Ce n’est pas le fait que ce soit académique qui soit problématique, car on a vu des films académiques qui faisait plutôt le boulot. Le problème, c’est qu’on a un film subtil voulant être coup de poing par rapport à ce qui se paase actuellement dans ce pays, mais seulement à l’écrit. Quand on regarde le film uniquement sur ce qui fait la force de ce média, c’est-à-dire la réalisation, on a affaire à quelque chose de pas très subtil. Sorkin nous montrant ce qu’il surligne et quand tu dis clairement ce que tu surlignes, cela donne une réalisation beaucoup trop littéral et c’est à contre courant de l’histoire qu’il avait écrit.

C’est assez problématique quand il s’agit d’un film qui se contente de faire du champ-contre champ avec parfois une vue global du tribunal. Le coup-de-poing de Sorkin n’est clairement pas visible par l’image. Ne parlons pas de la dernière scène ou le réalisateur force le spectateur à être ému. Autre incompréhension, c’est dans le montage. Dans son premier film, « le grand jeu » Sorkin use du montage pour effacer sa mise en scène académique. Dans Les Sept de Chicago, il tente de faire la même chose, hors cela est trop visible et sa volonté d’avoir un film rythmé. Cela ne tient pas debout.

Les sept de Chicago, est un bon exemple pour nous montrer, l’importance de la mise en scène. Sorkin est un excellent scénariste, il suffit de voir son CV pour s’en apercevoir, mais cela n’en fait pas pour autant un cinéaste, sachant que dès la conception, il ne réfléchit pas au projet comme un cinéaste. Après, il faut savoir qu’à la base, il avait écrit le scénario pour Spielberg, qui avec les années a pris du recul avec le projet.

Faire le film de ce procès d’un point de vue général est intéressant pour un scénariste, mais surtout pour un livre. Dans un film, utiliser ce procédé, donne l’impression aux spectateurs de ne jamais être engagé. Sorkin par sa mise en scène ne s’accapare jamais de son film, alors qu’il y avait matière pour choisir un point de vue et tourner autour de ce point de vue afin d’en faire un film engagé. Que l’on décide de faire un film, une série, un livre, une BD ou un jeux vidéo, il faut que tu justifies pourquoi t’utilise tel média, il faut qu’il y ait un sens et que cela soit cohérent avec ce que t’as écrit. Les sept de Chicago est brillant, par son scénario, mais c’est sur le plus important qu’il pêche. Le résultat aurait sans doute était différent avec un cinéaste. C’est le scénario qui s’adapte à la mise en scène, pas l’inverse. Cela a desservi totalement un film, qui aurait pu être un film majeur de 2020. Quand on voit l’importance du sujet et les similitudes avec ce qu’on voit actuellement ne manque pas.


Les Sept de Chicago ( The Trial of the Chicago 7) est un film de Aaron Sorkin, écrit par Aaron Sorkin. Avec Eddie Redmayne, Alex Sharp, Sascha Baron Cohen, Jeremy Strong, John Carroll Lynch, Yahya Abdul-Mateen II, Mark Rylance, Joseph Gordon-Levitt, Ben Shenkman, J.C. MacKenzie et Frank Langella


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