Swallow : Le pica une maladie rare pour évoquer le patriarcat

Pour son premier film, Carlo Mirabella-Davis voulait parler de sa grand-mère qui dans les années 50 avait des troubles obsessionnels compulsifs. Sa grand-mère lavait ses mains sans arrêt, utilisant jusqu’à quatre savons par jour et 12 bouteilles d’alcool de ménage par semaine. Ce qui intéressait le jeune cinéaste, c’est de parler du fait qu’on ne soigne pas forcément sa grand-mère, mais qu’on l’emprisonne. Vous vous doutez bien et le réalisateur le dit lui-même : voir quelqu’un se laver les mains toutes les 10 minutes ne serait pas forcément intéressant cinématographiquement parlant. Il parlera d’un autre trouble obsessionnel : la maladie du Pica.

Si vous ne connaissez pas cette maladie, c’est tout à fait normal. Cette maladie est rare, on peut tous être touché par cette maladie. Le Pica est un trouble du comportement alimentaire, une personne atteinte de cette maladie a besoin de consommer des objets et des matériaux non-comestibles. On peut être tous touché par cette maladie, mais les études parlent d’une maladie plutôt présente chez les femmes enceinte et les enfants.

Dans Swallow, Hunter (Haley Bennett) est atteinte de cette maladie. Pour mettre en scène cette maladie, Carlo Mirabella-Davis va être intelligent tout en subtilité. Il va nous montrer Hunter préparer à manger et manger des aliments comestibles. Progressivement, nous allons voir cette envie de manger des objets non-comestibles chez Hunter. Ces objets seront de plus en plus gros, le jeune cinéaste américain, va jouer avec le bruit, quand le personnage de Haley Bennett va manger les objets non-comestibles. Il y a quelque chose de très glaçant, nous coupant tout de suite l’appétit.

L’utilisation de la maladie de Pica, est un moyen pour le cinéaste de nous offrir un film engagé, un propos féministe par l’intermédiaire de son personnage principal. Au début, on se dit que Hunter a tout pour être heureuse. On voit sa grande maison, on voit la réussite de son mari, présenté comme un winner vu qu’il va devenir un CEO, puis le point final du bonheur dans une société : elle est enceinte.

De ce point de vue extérieur qui est l’incarnation d’un certain rêve américain et de la vie américaine se cache à l’intérieur, un profond mal-être chez Hunter. Ce mal-être s’exprime par la maison qui a une double lecture. Nous avons cette première lecture de la maison quand il y a des invités. On voit une maison chaleureuse et agréable, cette vision de la maison est le reflet de Hunter qui aussi avec les invités est heureuse et a l’air accomplie dans sa vie. Une fois qu’il n’y a plus d’invités, cette grande maison semble vide, tout comme Hunter qui ressent une profonde tristesse. Elle ne vit plus.

Si Hunter est triste, c’est qu’elle est victime d’un système patriarcat. Elle est même étouffée par ce mode de vie de sa belle-famille ou son mari est mis en avant. Quand elle est enceinte, on félicite surtout son mari qui va avoir un enfant. On se rend compte assez vite que l’existence d’Hunter est de donner une ascendance à sa belle-famille, qu’elle doit bien s’occuper de son mari, elle doit le rendre heureux, car l’homme est le centre de ce système de vie. Hunter ne vit pas pour elle, elle vit pour son mari qui ne s’intéresse pas à elle. L’élément le plus frappant, c’est dans une discussion. On voit Richie Conrad (Austin Stowell) sur son téléphone à régler des affaires. Son travail est plus important que de passer un bon moment, avec la femme qu’il est censé aimer

Carlo Mirabella-Davis, qui dans son premier long-métrage a déjà une logique d’un cinéaste d’auteur. L’utilisation de la maladie du Pica pour critiquer ce système patriarcat, nous montre un cinéaste intelligent dans ce qu’il entreprend. Comme on le disait précédemment, Hunter ne vit plus, elle n’a plus le contrôle de sa vie, car le système patriarcat la réduit à une fonction.

On peut voir ce trouble comme un échappatoire pour Hunter, elle trouve une certaine liberté, car sa vie est généralement dictée par son mari et sa belle-famille beaucoup trop présente. En décidant d’avaler ces objets non-comestibles, elle fait un choix de prendre le risque de découvrir les conséquences. En quelque sorte, elle reprend sa vie en main et s’échappe de ce système. Une fois que l’on se rend compte de la volonté du cinéaste, c’est un autre film qui s’ouvre. c’est un film engagé dans une cause féministe. Oui, parfois, on peut critiquer de voir des hommes faire des portraits féminin, quand on est intelligent comme Carlo Mirabella-Davis cela en fait un film intéressant de la première à la dernière minute, qui n’hésite pas à prendre des risques comme on le voit à sa dernière scène. Signe d’un cinéaste assumant déjà son engagement cinématographique.

On est frappé par la mise en scène chirurgicale de Carlo Mirabella-Davis. Tout est bien cadré, tout détail à un sens. Il ne laisse absolument rien au hasard. Sa mise en scène accompagne parfaitement Hunter. Comme elle, on est aseptisée. On voit cette maison comme une prison, une prison dans laquelle il sera difficile de s’enfuir. 

Ce qui nous prouve qu’on a affaire à un cinéaste qui maîtrise déjà son sujet, c’est son utilisation intelligente des gros plans. Le jeune cinéaste va utiliser les gros plans, pour montrer les différents états de Hunter. Carlo Mirabella-Davis se sert des différents outils cinématographiques à sa disposition pour enrichir son propos et c’est pour cela qu’il est déjà intéressant et qu’on a envie de suivre ces prochains travaux.

D’autant plus qu’il a annoncé ces différents projets, comme un film d’horreur féministe. Juste en lisant cette phrase, la curiosité est présente, car Swallow nous offrait à quelques petits moments, des passages se rassemblant au cinéma d’horreur. Un cinéma assez proche de cette vague très intéressante des jeunes cinéastes américain. Tout ce que j’ai envie de voir maintenant, c’est une collaboration de la tri force du cinéma indépendant américain (Ari Aster, Robert Eggers et Carlo Mirabella-Davis) 


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Swallow est un film réalisé et écrit par Carlo Mirabella-Davis. Avec Haley Bennett, Austin Stowell, Denis O’hare et Elizabeth Marvel

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