Burning : Le miroir d’une Corée divisée en deux

Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…

Pour ceux qui me connaissent, vous savez sans doute que j’ai une profonde affection pour le cinéma coréen. J’aime ce mélange de genre dans ce cinéma, j’aime ses auteurs, j’aime ses thématiques qu’on retrouve dans la plupart de ces cinéastes coréens, tout en n’étant jamais dans une répétition. En dehors de « Parasite« , dont j’avais profité du premier confinement et de la semaine Bong-Joon-Ho sur Canal + pour le revoir et en parler sur le blog, je n’ai pas eu l’occasion de parler énormément du cinéma coréen. Maintenant, que j’ai changé ma manière de parler de cinéma en lâchant le côté analyse en profondeur d’un film avec des publications variant entre l’hebdomadaire et le bimensuel. Maintenant on passe plus sur un côté critique afin que je puisse parler de beaucoup plus de films et notamment que je puisse mettre en avant un cinéma que j’aime énormément, comme le cinéma coréen.

Dès le commencement, il y a quelque chose de très puissant dans la réalisation de Lee-Chang Dong. Il est dans ce style de réalisateur coréen qui s’appuie sur leurs manières de filmer une ville pour parler en profondeur d’un pays. Par cette première scène, on voit une ville très vive, très riche. C’est une Corée qu’on voit comme dans les cartes postules, une Corée qui par sa richesse très visible peut nous donner envie d’y aller. Pour illustrer encore plus cette Corée, le cinéaste coréen va opter pour des plans assez longs. L’ouverture du film est un plan-séquence. Il opte pour une caméra mobile suivant Jongsu (Ah-In Yoo) dans son travail de coursier dans cette ville moderne et festif. Bien sûr si on a vu le film, on voit bien que tout ceci n’est qu’une image. Quelque chose de bien plus profond attend le spectateur.

Même si on parle de thriller ou de film noir, le film de Lee-Chang Dong parle avant tout d’une jeunesse coréenne qui évoque ce qu’ils pensent de la Corée. Le cinéaste va même amener plusieurs points de vues avec les différences des trois personnages du long-métrage. Si Jongsu et Haemi (Jeon Jong-Seo) se ressemblent par leur classe sociale représentant le côté rural de la Corée, les deux amis sont foncièrement très différent, car le désir, la thématique de leurs personnages est très différente, il ne recherche pas le même désir. Chez Haemi, par son histoire qu’elle va raconter, il sera question de plaire aux autres afin d’être épanouis. Alors que chez Jongsu, il est intéressant de parler des thématiques qu’évoque ce personnage, car il incarne cette impuissance. La scène ou il profite de nourrir le chat de Haemi pour se masturber illustre parfaitement bien cette Corée rurale si impuissante, mais aussi frustré par leurs situations sociales. L’apparition de Ben (Steven Yeun), représente une autre Corée, celle de la Corée riche, celle ou les gens ont beaucoup d’argent, ou ils roulent en Porsche. Par l’intermédiaire de Ben, c’est une Corée qui montre qu’ils ont de l’argent à dépenser. De par son prénom qui est occidental et son comportement, il incarne un mystère. Steven Yeun l’incarne à la perfection. C’est un personnage très intriguant et on veut savoir la suite de son histoire. 

Une fois que ce trio s’installe, c’est tout un triangle amoureux qui s’installe. Il y a une intelligence chez Lee-Chang Dong à évoquer cette lutte des classes dans la Corée. La lutte des classes, sujet très évoqué dans le cinéma coréen. Pour ne citer que lui, Bong-Joon Ho a mis au centre de son cinéma la lutte des classes qu’il va utiliser sur tous les genres possibles. Pour le réalisateur de Burning, il va montrer ces deux Corées sous le signe du mépris et de ce triangle amoureux. Quand Jongsu compare Ben à Gatsby, en disant qu’il y a trop de Gatsby en Corée, montre un mépris de la Corée rurale qu’on pourrait appeler la Corée traditionnelle, face à la Corée qui a adopté le libéralisme de l’occident. C’est tout un miroir qui s’enclenche entre les deux hommes dans ce triangle, parlant idéalement d’une Corée toujours aussi divisé. 

Alors qu’on pourrait penser que le film va rester uniquement sur le triangle amoureux, il va utiliser un twist sur la disparition d’un personnage pour développer encore plus le mystère. Ce mystère montrera aussi une forme de face caché des personnages. Ce mystère fait fortement écho à ce monde mystérieux dans lequel on vit. Lee Chang-Dong fait un véritable jeu de piste, nous demandant de participer à la résolution du mystère, sauf que le cinéaste coréen nous dira jamais ce qui est vrai ou faux, c’est tout un processus de non-dit qu’il met brillamment en scène. Il n’y a pas d’explication, mais on se pose beaucoup de questions. On se demande si le chat de Haemi existe-t-il, on se demande si Haemi a disparu, on se demande ce qui est vrai, ce qui est faux, ou même si on ne serait pas dans l’imagination de Jongsu en pleine écriture de son livre. Si on a des éléments de réponses, il est impossible de dire que c’est la vérité, car le film n’affirme pas, il suggère. Quand on termine le film, on a envie de le revoir une seconde fois, afin de résoudre ce mystère si passionnant.

Burning est un film d’une puissance artistique si folle, la scène ou Jun Jong-Seo danse pendant le coucher de soleil est si belle artistiquement. Il utiliser l’art pour délivrer un message d’une grande philosophie sur l’homme et la société de son pays. Lee Chong-Dong disait que Burning était une histoire sur la jeunesse de nos jours qui pense à la vie et au monde. Il est la le véritable mystère qui intéresse le cinéaste coréen dont on a hâte d’être en Avril, pour voir Minari, ou il va continuer de parler de la Corée et des Coréens, mais dans un autre pays. 


Burning (Beoning en VO) est un film réalisé par Lee Chang-Dong, coécrit par Lee Chang-Dong et Oh Jung-Mi (adapté de la nouvelle « les Granges Brûlées », de Haruki Murakami). Avec Ah-In Yoo, Steven Yeun et Jeon Jong-Seo


Pour aller plus loin, je vous recommande d’aller sur : A la rencontre du 7eme art / Le Mag du Ciné / Les inrocks / Telerama / Le Figaro / Le Monde

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