[FIFF 2021] Zana : Voir une femme comme un objet existe encore….

Une femme kosovare, encore meurtrie par la brutalité de la guerre, semble être infertile. Sa famille l’envoie auprès de guérisseurs pour qu’elle puisse leur donner un héritier.

Le Kosovo est un pays relativement jeune. Quand on pense au Kosovo, on pense surtout à cette guerre que ce pays a connue lors des événements de la chute de la Yougoslavie, mais en dehors de cet événement, on ne sait pas grand chose. “Zana” le premier film de fiction de la réalisatrice Antoneta Kastrati nous invite à découvrir ce pays en s’appuyant sur son vécu personnel pour faire l’histoire de ce film. 

Loin d’être une invitation à faire du tourisme en Kosovo, ce qui intéresse la cinéaste, c’est de parler de l’impact qu’a eu la guerre sur la société de ce pays ; il y a cette volonté de Antoneta Kastrati à aussi parler des femmes à travers le Kosovo de l’après-guerre. Cette guerre du Kosovo comme beaucoup d’anciens pays de la Yougoslavie n’a pas épargné grand chose. Les séquelles sont encore présentes dix ans après. 

il ne s’agit pas seulement pour la réalisatrice de parler du traumatisme. Elle veut montrer un pays qui met une pression assez forte sur les femmes et la question de la maternité. Il y a cette sensation de revenir dans une société assez obscure. On ne voit pas la femme pas comme un être humain avec des droits, mais comme une machine qui donne un enfant afin que l’héritage soit préservé. Le fait que la famille de Lume l’envoie chez des « guérisseurs » montre une véritable obsession pour ce pays. Pour Lume (Adriana Matoshi), comme pour toutes les femmes, c’est quelque chose de pas simple à vivre. Lume est ignoré, battu et moqué par son infertilité. Ce qui est de plus horrible, c’est quand l’enfant arrive, la notion de liberté disparaît en un claquement de doigts.

Si l’on va plus loin dans la lecture du film, c’est un pays divisé en deux que nous montre Antoneta Kasatri. C’est un pays qui a cet accès à la nouvelle technologie comme n’importe quel pays. En parallèle, c’est un pays qui a cette croyance archaïque avec des sorcières, des démons et des guérisseurs. La cinéaste kosovare va même appuyer sur un côté surnaturel du film histoire de nous dire que ce n’est pas normal que cette tradition, cette croyance existe toujours. Cela montre un véritable retard sociétal de ce pays en cours de construction, mais ceci n’est pas une excuse tant qu’il n’est pas acceptable de concevoir de nos jours que la femme soit un objet. .  

Le traumatisme et les peurs de Lume sont traduits par un silence de cathédrale. Ce sont des moments envoûtants. On est plongé dans la pensée du personnage en plein doute et souffrance. Tout cela est appuyé par des paysages sublimes mettant en avant la beauté de la campagne au Kosovo, mais la réalisatrice kosovare ne va jamais oublier que derrière cette beauté, se cache la grande souffrance de son personnage. Elle va même distiller intelligemment des codes du cinéma d’horreur afin qu’on puisse comprendre encore plus facilement ce qu’elle et les autres femmes vivent dans leurs pays. C’est déjà très prometteur tout ce que met en place Antoneta Kastrati qu’on veut revoir afin qu’elle nous montre une nouvelle fois son pays et les évolutions de ce pays en cours de construction. 

Zana

Zana est un film réalisé par Antoneta Kasatri, écrit par Casey Cooper Johnson et Antoneta Kasatri. Avec Adriana Matoshi.

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