La voix d’Aïda : A notre niveau on est impuissant face à un conflit

Srebrenica, juillet 1995. Modeste professeure d’anglais, Aida vient d’être réquisitionnée comme interprète auprès des Casques Bleus, stationnés aux abords de la ville. Leur camp est débordé : les habitants viennent y chercher refuge par milliers, terrorisés par l’arrivée imminente de l’armée serbe. Chargée de traduire les consignes et de rassurer la foule, Aida est bientôt gagnée par la certitude que le pire est inévitable. Elle décide alors de tout tenter pour sauver son mari et ses deux fils, coincés derrière les grilles du camp.

La Voix d'Aida

Quand le cinéma s’intéresse aux conflits, c’est souvent intéressant de placer la caméra vers les populations impuissantes face à un conflit. C’est ce qui motive Jasmila Zbanic en parlant de la guerre de Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995. L’éclatement de la Yougoslavie était déjà au cœur de ce FIFF avec “Zana”, mais parlait d’un traumatisme d’après-guerre. La cinéaste bosnienne au conflit au cœur ville de Srebrenica, plus précisément pour nous montrer l’échec des casques bleus dans les conflits de l’ex Yougoslavie.

Toujours dans l’ADN, de cette édition du FIFF, “La voix d’Aida” est tout d’abord le portrait d’une femme toujours en mouvement. Aïda est une professeur d’anglais réquisitionnée comme interprète auprès des casques bleus. De nombreux dilemmes vont suivre Aïda , entre sa grande envie de sauver son mari, ses deux fils et son travail d’interprète pour rassurer la foule, alors que la situation est préoccupante.

La guerre peut se traduire par K.O. Non seulement la réalisatrice va nous montrer le K.O de cette ville détruite par cette guerre, mais va aussi nous montrer la peur de cette guerre. La peur est représentée par chaque visage du peuple bosnien, dans le camp des casques bleus. Cela montre une situation totalement instable. Jasmila Zbanic, habituée à parler des conflits, sait ce qu’il faut faire pour nous plonger au cœur du conflit. Très vite, on n’est plus extérieur à ce qui se passe, mais en suivant de près Aïda, on voit toutes ces personnes qui ont peur, on la voit aussi inquiète. C’est des moments irrespirables ou la vie disparaît et la terreur règne dans la ville. Cette terreur sera très présente quand l’armée arrive dans le camp. La cinéaste ne se trompe pas sur comment aborder cet événement qui enclenchera plus tard le génocide. Il y a une sorte de K.O qui règne parmi la peur de toute une population. Non seulement, on ressent la peur d’une population, mais on voit aussi une population qui subit la guerre et sans aide, ils sont en grand danger. C’est dans ce point que le film de Jasmila Zbanic sera poignant. Aïda n’a pas pu sauver sa famille, car les casques bleus ont laissé les Serbes débarquer dans le camp et embarquer tous les civils pour faire ce génocide prémédité. Le rôle des casques bleus est de protéger la population face à un conflit, mais ils ont participé inconsciemment à ce génocide, qui est le plus gros génocide européen depuis la Seconde Guerre mondiale. On ne peut que constater comme Aïda les dégâts à la fin, quand elle découvre les cadavres de sa famille. Une fois de plus, nous sommes impuissants. La réalisatrice nous a transmis ce que toute une population peut ressentir face à un conflit.

En filmant le génocide, on ne peut pas oublier ce qu’on a vu. Par la même occasion Jasmila Zbanic, fait de ce film un objet de mémoire afin que la vérité ne soit jamais cachée. Ce film qui a rencontré mine de rien un succès avec le Grand Prix du Jury dans cette édition du FIFF et quelques nominations dans la catégorie meilleur film étranger dans des cérémonies prestigieuses tel que les oscars. Cette reconnaissance de l’industrie, montre un film parfaitement maîtrisé par son rythme irrespirable. En s’intéressant à cette guerre, Jasmila Zbanic fait un film universel sur ce que peut vivre une population face à un conflit. 

La Voix d'Aida

La voix d’Aïda est un film réalisé et écrit par Jasmila Zbanic. Avec Jasna Đuričić, Izudin Bajrović, Boris Isaković, Johan Heldenbergh, Raymond Thiry et Emir Hadžihafizbegović

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