La Mission : Le western optimiste de Paul Grengrass est raté

Cinq ans après la fin de la Guerre de Sécession, le capitaine Jefferson Kyle Kidd, vétéran de trois guerres, sillonne le pays de ville en ville en qualité de rapporteur publique et tient les gens informés, grâce à ses lectures, des péripéties des grands de ce monde, des querelles du gratin, ainsi que des plus terribles catastrophes ou aventures du bout du monde. En traversant les plaines du Texas, il croise le chemin de Johanna, une enfant de 10 ans capturée 6 ans plus tôt par la tribu des Kiowa et élevée comme l’une des leurs. Rescapée et renvoyée contre son gré chez sa tante et son oncle par les autorités, Johanna est hostile à ce monde qu’elle va devoir rejoindre et ne connait pas. Kidd accepte de la ramener à ce domicile auquel la loi l’a assignée. Pendant des centaines de kilomètres, alors qu’ils traversent une nature hostile, ils vont devoir affronter les nombreux écueils, aussi bien humains que sauvages, qui jalonnent la route vers ce que chacun d’entre eux pourra enfin appeler son foyer.

La Mission: Tom Hanks, Helena Zengel

Avant d’être le réalisateur d’action qu’on connaît, Paul Greengrass est avant tout un journaliste. Greengrass faisait un travail se rapprochant du journalisme, dans sa manière de traiter les sujets. « La mission » n’est pas seulement une tentative de faire un western, mais une volonté de raconter l’importance de cette profession dans une époque pas évidente. Ce qui est intéressant dans le douzième film du cinéaste britannique, c’est son sujet. “La mission ”, c’est une histoire d’un homme parcourant les Etats-Unis pour donner les différentes nouvelles du pays, à l’heure ou il n’y avait pas forcément une presse régionalisée. J’ai beaucoup de problèmes avec cette manière que va employer Greengrass pour concevoir son western, mais c’est intéressant de voir comment ce métier qu’on n’évoque pas forcément vit à travers le Western.

On voit à l’image les prémices du métier de présentateur du JT de 20H. Il y a même cette interrogation de Greengrass de montrer un côté divertissant de donner des nouvelles afin que ce soit perçu comme un spectacle. C’est une réflexion du cinéaste, sur comment rendre l’information attirante, comment fidéliser un public, pour qu’il soit au courant des dernières nouvelles du pays. C’est un film qui dans son début veut parler de l’importance de la presse et veut aussi parler de la manière dont on conçoit l’information aujourd’hui. Dans les scènes ou le capitaine Jefferson Kyle Kidd (Tom Hanks) commence à lire cette info, le réalisateur fait sans cesse écho à notre période. On ne peut pas s’empêcher de penser que maintenant, on veut rendre l’information absolument divertissante. Il y a plus cette volonté de vouloir informer une population.

Si le côté intéressant du film est de voir cet homme parcourir un pays est intéressant, mais ce n’est qu’un petit pourcentage d’un film totalement inintéressant quand on regarde dans le fond ce qu’il raconte réellement. Tom Hanks, qui fait le spectacle en lisant les infos, n’est qu’une petite parenthèse, un prétexte pour donner de la surface à un personnage. Paul Greengrass met d’abord en avant cette relation entre le capitaine et Johanna Leonberger (Helena Zengel). Cette relation, montrant un Tom Hanks paternel, est quelque chose qu’on a déjà vu. Oui, je pourrais dire que Tom Hanks apporte une telle humanité, mais on le dit tellement de fois, que ça devient inintéressant. On sait qu’il va aider cette fille et on sait d’avance tout ce qui va se passer ensuite. Tom Hanks est très bon dans ce rôle, je ne dis pas le contraire, mais c’est comme manger pour la septième fois consécutive, mon plat préféré. Au bout d’un moment, je ne vois plus vraiment une performance d’un acteur que j’adore, mais plutôt un acteur qui joue avec des chaussons depuis quelques années.

Le personnage de Tom Hanks, va maintenant parcourir le pays pour retrouver la famille de Johanna, tout en continuant à faire son métier. C’est une manière pour Greengrass de montrer des coins plus sombres de ce pays. C’est là qu’on voit le problème du film. Politiquement, c’est beaucoup trop correct. Greengrass appuie sur un pays divisé, afin d’appuyer une critique sur Trump, mais dans la manière de l’écrire, c’est surligné et c’est opportuniste. On ne peut être que déçu de la manière dont le cinéaste va aborder un pays divisé et dans ce pays qui tente de se reconstruire après la guerre. On parle d’un réalisateur qui a parlé de la guerre des Malouines, de la marche pacifiste en Irlande du Nord pour l’égalité des droits entre Catholiques et protestants, mais qui a dégénéré. Greengrass est un réalisateur qui par son métier est toujours moderne et fait écho à ce qui se passe dans notre monde. “La Mission ”, c’est un peu son Green Book. Venant de lui, c’est décevant. À part faire des beaux plans, on peut parler d’un western anecdotique, n’apportant rien du tout au genre, mais surtout d’un film qui ne raconte rien et rate le coche de son message politique. Je me demande si “La Mission” serait plus intéressant si on restait sur le rythme du début de film. Ce serait certes répétitif et contemplatif, mais ce serait beaucoup plus intéressant. Cela aurait pu être une forme de conclusion dans le cycle de Paul Greengrass, d’utiliser le cinéma pour faire du journalisme. Il a préféré s’entêter à faire un western optimiste qu’on n’arrive pas à croire et à imaginer. 

La Mission

La Mission, est un film de Paul Greengrass, écrit par Paul Greengrass et Luke Davies (basé sur le livre « News of the World » de Paulette Jiles). Avec Tom Hanks et Helena Zengel.

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