Tunnel : L’effrondrement d’un tunnel est tout sauf un hasard

Alors qu’il rentre retrouver sa famille, un homme est accidentellement enseveli sous un tunnel, au volant de sa voiture. Pendant qu’une opération de sauvetage d’envergure nationale se met en place pour l’en sortir, scrutée et commentée par les médias, les politiques et les citoyens, l’homme joue sa survie avec les maigres moyens à sa disposition. Combien de temps tiendra-t-il ?

Tunnel

Par notre œil d’occident, nous sommes habitués à voir des films de catastrophe d’une certaine manière. On peut parler de films comme 2012 ou le jour d’après. Ce ne sont pas les exemples qui manquent, tant les films de catastrophe ont eu une part importante dans Hollywood. Outre le fait que j’ai cité involontairement deux films de Roland Emmerich, c’est dans sa manière de traiter la catastrophe comme quelque chose de spectaculaire et divertissant. C’est même devenu une excuse d’une profonde absence d’écriture dans ses films qui veulent être divertissants, mais qui oublie le plus important : être intéressant. Le cinéaste coréen le dit lui-même. Faire un film à grand spectacle sur des catastrophes gigantesques ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéressait, c’est de voir les conséquences d’un tel désastre sur l’ensemble d’un territoire. Il y a tant de choses à dire sur les différents points de vue qu’il adopte. J’ai tendance à dire que Kim Seong-hoon a fait non pas un film dans un film, mais trois films dans le film.

« Tunnel » est d’abord un film sur un homme bloqué dans un tunnel. On va encore faire la comparaison avec ce que fait le cinéma moderne américain, mais on a cette tendance à faire une longue introduction pour présenter les personnages. Dans “Tunnel”, pour préparer la catastrophe, c’est totalement différent de ce que décide de faire le réalisateur. On n’a pas de grosses présentations du personnage. Le but était de présenter un personnage sur lequel on pouvait se reconnaître. Il est intéressant que pour ce rôle, Ha Jung-Woo n’a été soumis à aucune préparation laissant ainsi la place à un désespoir plus instinctif. C’est dans une optique de nous mettre à la place de ce personnage, qu’on ressent par exemple ce désespoir de ne pas pouvoir sortir d’être au téléphone avec les secours. Non seulement Ha Jung-Woo reproduit à merveille la réaction d’une personne bloquée dans un tunnel, mais il y aussi cette caméra qui renforce encore plus le fait d’être bloqué, d’être impuissant et d’être tout simplement coupé du monde. Il arrive à bien rendre ces scènes oppressantes au fur et à mesure que les jours avancent. On est pleinement impliqué avec le personnage.

Si on restait uniquement sur Lee Jeong-soo, on ne se douterait pas de tout ce qui se passait à l’extérieur du tunnel. Le cinéaste coréen s’en sert pour tirer son épingle du jeu. On voit les politiques qui se servent de cette catastrophe pour faire de jolis discours. On voit la presse et tout le côté sensationnel dégueulasse alors qu’un homme est en danger. On voit aussi la femme de Lee Jeong-soo qui ne pensera jamais à la possibilité que son mari soit mort, mais qui est confronté à un véritable mur, tout comme les services de secours. Ce mur, c’est tout un système absolument gerbant. Un système ou sauver une vie humaine n’est pas la priorité, car de l’argent est perdu. On voit scène après scène, à quel point la société peut être gerbant.

Tunnel: Doona Bae

“Tunnel” est plus qu’un film qui offre une réflexion sur notre société, c’est un film qui critique de bout en bout le système capitaliste qui demande toujours de gagner beaucoup d’argent. L’horreur de l’effondrement n’est pas un hasard, c’est dû à toutes ses constructions faites à la va-vite, toujours dans une optique de gagner beaucoup d’argent. Le gouvernement Coréen n’est pas du tout épargné. Ils sont toujours présents pour faire de la récupération politique, alors qu’ils sont fautifs dans cette histoire. Par l’intermédiaire de ce film, il est important de se dire que notre société ne pense plus à l’humain. Notre société pense aux bénéfices, à ne jamais trop perdre d’argent. Limite que quelques personnes meurent suite à un effondrement d’un tunnel n’est pas important tant que les travaux puissent reprendre.

Face à cette société qui ne fait plus attention à l’humain et nous comme des objets à exploiter, Kim Seong-Hoon nous fait un film qui sans arrêt va parler de l’être humain. L’être humain est au premier plan par l’effondrement du tunnel. Les conséquences ne seront pas matérielles, mais humaines. Les secours sont montrés par des gens qui font leur boulot et qui veulent sauver cette personne. C’est une humanité que met en scène le cinéaste coréen afin de protester contre un système. Pendant deux heures, nous voyons un pays qui a failli dans son devoir auprès de ses habitants. Un pays qui est perverti par la compétitivité néfaste de la mondialisation et du capitalisme. L’effondrement d’un tunnel, d’un pont, c’est le résultat d’une politique qui ne pense pas à la sécurité de ses habitants.

Tunnel

Tunnel est un film réalisé et écrit par Kim Seong-Hoon. Avec Ha Jeong-Woo, Bae Doona et Oh Dal-Soo

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