Judas and the Black Messiah : L’infiltration du FBI chez les Black Panthers

Focus sur l’ascension de Fred Hampton (Daniel Kaluuya), militant politique afro-américain, membre du Black Panther Party dans l’Illinois, décédé en décembre 1969 à l’âge de vingt-et-un ans.

Judas and the Black Messiah: Shaka King

C’est quelque chose qui commence à devenir à être récurrent, mais chaque année nous avons le droit à ces films qui vont parler de cette lutte de la population afro-américaine face au système politique et la police. Ce sont d’ailleurs des films qui sont nommés pratiquement chaque année aux Oscars. Quand ils ne sont pas nommés, ce sont des films qui sont au cœur de l’actualité américaine et résonnent très fort dans ce pays. On peut notamment penser à l’année dernière, quand il y a eu Queen & Slim qui a fait beaucoup parler aux Etats-Unis, mais aussi en France. Le fait qu’on soit aussi en plein black lives maters jouent également beaucoup.

Ce qui est intéressant pour nous dans « Judas & The Black Messiah », c’est de découvrir l’histoire de Fred Hampton qu’on ne connaît pas forcément. On connaît Martin Luther King, on connaît Malcolm X. Avec le temps, grâce au film de Shaka King, on va connaître Fred Hampton membre du Black Panther Party dans l’Illinois, dans les années 60. D’ailleurs, il est idéalement incarné par Daniel Kaluuya. L’acteur est habilité par ce que représente Fred Hampton. On se laisse porter par ses discours, qui non seulement met les décibels au plus haut, mais résonne très fort tant qu’il se sent impliqué dans l’iconographie de Fred Hampton, ce mec qui pouvait rassembler toute une foule. Dommage qu’on ne puisse pas profiter d’un grand écran afin d’intensifier encore plus les discours.

Shaka King a cette manière de placer sa caméra dans ces moments intense qui sont les prises de paroles de Fred Hampton. À travers cette caméra, il met en avant la volonté d’une population de s’exprimer, de faire cette révolution nécessaire. Il met aussi en avant un chaos qui à tout moment peut arriver. On est subjugué par ces moments de révolte ou ça peut partir à tout moment en cacahouète. Ce pays proche du K.O dans les années 60 est un moyen pour son cinéaste de parler de son pays aujourd’hui. C’est dans ce procédé qui fera défaut à Shaka King. Outre ses échos incessants à aujourd’hui, nous voyons surtout un film qui rentre dans des codes que l’on commence à connaître. Il ne parviendra pas à se défaire de la case du biopic politique des Oscars qui a eu des récompenses.

D’autant plus que le film pouvait raconter quelque chose de plus intéressant que cette ascension qui a un schéma narratif qu’on connaît par cœur. Outre parler de l’ascension du nouveau «Messi » , il sera aussi question de parler du « Judas » de cette histoire. L’histoire de Bill O’Neal (Lakeith Stanfield) est même passionnante à suivre. Il doit rentrer chez les Black Panther afin de donner des informations pour le FBI, afin de ne pas aller en prison. C’est un personnage qui est plongé dans un certain dilemme, car le combat des Black Panthers, c’est un combat qui le concerne, c’est un combat dans lequel il croit. En racontant l’histoire de ces deux hommes, Shaka King se perd dans son écriture, n’arrivant pas à assumer un point de vue pour son film. Tout cela n’est traité qu’en surface et ne parvient pas à être totalement intéressant. C’est même une non prise de risque de la part de son auteur qui a raté l’occasion de faire quelque chose de plus intéressant de ce que l’on voit actuellement.

Si le film avait fait le choix de se concentrer sur un seul personnage, notamment sur le personnage de Lakeith Stanfield, on aurait eu quelque chose d’assez complet. La fin aurait pu être plus forte, car le film nous aurait montré ce qu’il a amené, Bill O’Neal au suicide. On aurait aussi vu d’une façon plus longue sa relation avec l’agent du FBI, qui est aussi traité en surface, alors que le personnage de Jesse Plemons a plein de choses à raconter. On aurait aussi eu ses moments de doutes, ses moments ou il a peur qu’on découvre que c’est une taupe apparaissant bien trop peu en deux heures de film. C’est vraiment dommage, quand on voit qu’ils commencent à l’amener, c’est plutôt réussi, mais la frustration que ce ne sera jamais développé est frustrant, car on sent son réalisateur passe à côté de quelque chose.

Shaka King préfère casser le côté icône de Fred Hampton qui en dehors de ses discours n’est pas assez intéressant. C’est compliqué de résumer ce qu’incarne pendant deux heures Fred Hampton. Je m’imagine un autre film, mais imaginons qu’il se concentre uniquement sur le personnage de Lakeith Stanfield, sans voir Hampton, renforcerait encore plus le côté icone que veut mettre en place le titre du film. On parle beaucoup du personnage de Lakeith Stanfield, mais en ayant revu le film, je serais également curieux d’avoir eu cette histoire autour du point de vue de Deborah Johnson (Dominique Fishback), la femme de Fred Hampton, qui permettrait d’avoir un film complètement différent de ses homologues. Tout cela pour dire qu’en faisant un non-choix pour « Judas and the Black Messiah », il est compliqué pour lui de sortir de sa case oscar et du film qui sera sans doute oublié l’année prochaine, alors qu’il avait tout pour ne pas l’être. 

Judas and the Black Messiah

Judas and the Black Messiah, est un film de Shaka King et écrit par Shaka King et Will Berson. Avec Daniel Kaluuya, Lakeith Stanfield, Jesse Plemons et Dominique Fishback.

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