Mandibules : Taureau mitigé, mais taureau content

Jean-Gab (David Marsais) et Manu (Grégoire Ludig), deux amis simples d’esprit, trouvent une mouche géante coincée dans le coffre d’une voiture et se mettent en tête de la dresser pour gagner de l’argent avec.

On le sait, Quentin Dupieux est un réalisateur qui enchaîne les films. Depuis quelques années, Dupieux fait une sorte d’exploration du cinéma avec des concepts, un univers particulier, mais surtout des personnages rentrant parfaitement dans l’univers de chacun de ses films. Quand il fait WRONG COPS, il fait un cop movie, RÉALITÉ mélange tellement de genres, mais veut parler de cinéma. Quand il fait AU POSTE, il s’essaye au huis clos. Si ces différents films ont cette particularité d’avoir des personnages fous dans un univers complètement déjanté, on aperçoit déjà du changement quand il fait LE DAIM. Il garde le côté synopsis résumant en une phrase la folie du film, personnage complètement borné, mais dans un monde complètement réaliste, sur lequel on arrive à se projeter. Quant à MANDIBULES, c’est une tout autre histoire.

Mandibules va clairement montrer quelque chose de plus nouveau dans le cinéma de Dupieux. Le côté film d’un duo n’est pas nouveau chez le cinéaste. C’est quelque chose qu’on a déjà vu quand il avait fait STEAK en 2007. La différence est quand il a à sa disposition le duo Eric et Ramzy, il s’amuse avec ce duo, afin de leur proposer quelque chose dont on ne s’attendait pas forcément. C’est tout le contraire quand il fait ce film avec Grégoire Ludig et David Marsais le duo du PALMASHOW. On sent une envie de la part du réalisateur de vouloir tourner avec eux en faisant ce film correspondant tout à fait au délire du Palmashow, mais aussi au délire de sa filmographie.

Mandibules


Le Palmashow est un duo absolument merveilleux et on n’a pas attendu ce film pour le découvrir. Quand on voit ce duo, on voit véritablement un film qui veut parler de cette amitié. À travers cette amitié, c’est toute une dynamique de duo qui se met en scène pendant 1 h 17. Cette dynamique de duo est assez nouvelle dans le cinéma de Dupieux. Il y avait certes des duos, mais c’étaient des duos qui n’avançaient pas ensemble, c’étaient des duos qui se formaient dans la contrainte des événements comme les personnages de Jean Dujardin et Adèle Haenel dans le daim.

En dehors de LA FOLLE HISTOIRE DE MAX ET LEON, quand on voyait ce duo dans le cinéma, c’est souvent pour faire de la figuration, afin de faire un petit sketch comique pendant quelques minutes. Il y a vraiment ce plaisir à voir ce duo qui fonctionne dans le cinéma de Dupieux. Ils incarnent tellement bien ce non-sens dans l’univers du réalisateur. Que ce soit dans leurs façons de parler, qui est à mourir de rire, rien que d’y penser j’en rigole et j’ai envie de juste écouter les dialogues. Quand ils font leurs checks en disant Taureau, c’est complètement stupide, ça n’a aucun sens, mais que c’est marrant. Puis il y a tout ce qu’ils font ou il n’y a aucune logique là-dedans. Ils ont une mission et ils partent dans quelque chose ou ils vont la tête la première, alors qu’il y a beaucoup plus simple. La preuve avec le concept du film : ils vont élever cette mouche géante, mais accrochez-vous bien à la raison de pourquoi ils le font. Ils le font uniquement afin que la mouche fasse ce qu’ils demandent et que le duo puisse glander toute la journée. Ils prennent un temps à élever cette mouche géante. Qui peut avoir cette idée ? Il Faut être complètement borné pour y penser, mais eux, ils le font et c’est pour cela qu’ils sont géniaux et qu’ils sont le point fort du film. 

Heureusement que les deux comédiens sont présents, car Mandibules, est le Dupieux est le film ou j’ai eu du mal à rentrer dedans. Quand on me dit Quentin Dupieux, je me dis synopsis atypique, concept déjanté nous surprenant de bout à bout et personnages n’ayant pas tellement de sens. Si les personnages sont présents par l’intermédiaire du duo et du reste du casting, je suis beaucoup plus mesuré sur une bonne partie du film. Je vais rejoindre ce qui a été reproché au film. Quand tu vois Le Daim, il y a un concept qui est le fil rouge. Ce fil rouge est fort, surprenant et tient la route. C’est pareil pour Au Poste, et c’est la même chose pour réalité. Pour Mandibules, c’est beaucoup plus compliqué. Son fil rouge n’est pas aussi emballant et aussi sexy que la promesse quand on imaginait le film. Cette mouche a beau être mignonne, on voit comment Dupieux et son équipe arrive à intégrer cette mouche à l’écran en faisant une marionnette en faisant un mix avec la 3D afin de mélanger le côté impressionnant de la mouche et un côté intégration naturelle à l’écran afin de voir cette interaction entre les personnages et cette bête, mais au final cette mouche est assez anecdotique.

Mandibules: Adèle Exarchopoulos


On est loin d’être dans la folie qu’on attend généralement chez Dupieux, ce n’est pas aussi déjanté comme on est habitué. Il y a plutôt chez le réalisateur, une envie d’installer les choses, d’installer un duo, d’installer une véritable intrigue. Sur le papier, on peut se dire pourquoi pas, mais quand on regarde ce film, on voit plutôt quelque chose qui peine à démarrer, qui ne sait pas dans quelle direction ou aller, qui ne sait pas comment embarquer le spectateur dans son histoire. Ce sont des questions que je me suis véritablement posé. Il y a cette première partie qui va dans une direction sans trop nous expliquer pourquoi elle y va. Tout cela fait perdre de la spontanéité qui était un point fort dans son cinéma. Je ne pensais pas le dire en regardant un film de Dupieux, mais l’enchaînement des situations se rapproche plus d’un modèle plus classique de la comédie et c’est assez laborieux. Quand on y réfléchit, ce n’est pas pour rien lors de la première semaine de la réouverture des cinémas si le film a fait mouche auprès d’un public pas particulièrement attentif à l’œuvre du réalisateur. On pourrait conseiller Mandibules auprès d’un public qui peut très bien ne pas apprécier cet univers et ce style de comédie propre au réalisateur. 


A force de peiner, le film arrive à trouver sa direction. Dupieux retrouve sa folie et arrive à nous emballer. Quand le duo débarque dans cette villa alors qu’ils ne sont pas censés y être et qu’il y a toujours cette mouche, cela lui donne une dramaturgie qu’on attendait en imaginant Mandibules. C’est aussi le moment ou le duo va interagir avec d’autres personnages. Cela redonne un intérêt grandissant au spectateur. On va voir comment le non-sens de ce duo va être montré quand ils sont avec d’autres personnes. Cela va renforcer notre attachement à ce duo de plus en plus con. Ils vont d’ailleurs multiplier des situations correspondant à leurs logiques, dont ils sont les seuls à avoir le secret. Ce passage dans cette villa correspondait à la dernière demi-heure du film. Cette partie nous embarque complètement et le sera encore plus avec l’apparition d’Agnès (Adèle Exarchopoulos), qui nous fait tant rire, alors qu’elle doit avoir à peine 5-10 minutes d’écran. C’est totalement un autre film qui démarre et il est bien dommage qu’il ait peiné à arriver dans cette maison. Cette maison est le moyen pour Dupieux de faire un film se rapprochant de l’escape movie. L’interrogation chez Dupieux est de voir comment ce duo va se faire inviter dans cette maison, comment ils vont introduire la mouche et comment ils vont en sortir. On reste dans la logique de Dupieux, qui à chaque film fait une proposition de cinéma différente.

Mandibules: Roméo Elvis, India Hair, Coralie Russier


Pour rester dans la logique de cette critique de voir Mandibules, comme le film de la nouveauté chez Dupieux. Mandibules a une conclusion, qui a un dénouement, qui a ce qu’on appelle un troisième acte. En restant dans la logique du réalisateur, je ne saurais dire, si c’est bien, ou si ce n’est pas bien. Dupieux nous habituait à un style, à arrêter son film quand le troisième acte démarrait. En faisant cette fin, il arrive à nous surprendre complètement. Cette surprise est plutôt agréable.

Même si mon retour sur le film est plus mesuré, Mandibules était mon film de la reprise du cinéma. Pour moi, cela fait sens, le cinéma de Quentin Dupieux, n’est pas un cinéma à concept, un cinéma déjanté ou un cinéma avec un univers dingo. C’est plutôt un cinéma qui explore les différents genres de cinéma et des possibilités que peut offrir le 7e art aux différents concepts du réalisateur. 

Mandibules

Mandibules est un film écrit et réalisé par Quentin Dupieux. Avec David Marsais, Grégoire Ludig, Adèle Exarchopoulos, India Hair, Roméo Elvis et Coralie Russler

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :