The Father : Qui Suis-Je ?

« The Father » raconte la trajectoire intérieure d’un homme de 81 ans, Anthony (Anthony Hopkins), dont la réalité se brise peu à peu sous nos yeux. Mais c’est aussi l’histoire d’Anne (Olivia Colman), sa fille, qui tente de l’accompagner dans un labyrinthe de questions sans réponses.

The Father: Anthony Hopkins

Je dis souvent que quand on parle de cinéma, il arrive qu’on parle de nous quand un sujet nous parle particulièrement. C’est la grande force du cinéma et pourquoi j’en parle quasiment toutes les semaines sur le blog et pratiquement tous les jours sur les réseaux sociaux. THE FATHER est un film qui me parle particulièrement. Je connais cette maladie et je peux déjà vous dire que dans sa manière de l’aborder, Florian Zeller est très juste. Cette justesse montre un homme qui connaît une maladie et qui voulait en parler au cinéma, après l’avoir fait au théâtre.

Puisqu’on parle de notre rapport personnel avec cette maladie, quand on regarde le premier long-métrage de Florian Zeller, on veut d’abord s’intéresser au personnage d’Olivia Colman, personnage qui continue son travail de traductrice, tout en s’occupant de son père. Avec ce personnage, on peut voir à quel point la maladie d’Alzheimer détruit absolument tout sur son passage. Le réalisateur montre bien à quel point Anne s’arrête de vivre pour s’occuper de son père. Cette maladie a un réel impact pour tout un foyer qui s’arrête de vivre, qui ne peut plus se projeter sur des vacances. Il y a rien de plus à dire quand l’un de nos parents est dans l’incapacité de nous reconnaître à cause de cette maladie, de subir ces différents sauts d’humeur. On voit à quel point on ne peut rien faire. Tout seul face à cette maladie, c’est compliqué. On ne peut que constater l’état d’une mère, l’état d’un père, ou tout simplement l’état d’un proche qu’on aime s’empirer de jours en jours. On se sent si impuissant et la seule solution qui s’offre à nous est un choix loin d’être simple à faire. C’est tout le dilemme de Anne qui voit l’état de son père, qui ne peut plus faire grand-chose et qui doit reprendre sa vie, elle qui a dû la mettre en pause pour s’occuper de son père. Moi qui avais du mal à mettre les mots, Florian Zeller m’aide à mettre mes mots sur ce que j’ai vécu pendant une année.

The Father: Imogen Poots, Olivia Colman, Anthony Hopkins

La maladie d’Alzheimer n’est pas quelque chose de nouveau dans le cinéma. On pourrait citer STILL ALICE qui aborde le début de cette maladie ou encore NOTE BOOK qui dans certains moments parle de cette maladie. The father, nous met dans une position inédite. On n’est pas habitué à regarder un film sur le prisme de quelqu’un atteint de cette maladie. C’est une expérience assez troublante qu’on doit vivre pendant 1 h 38. En changeant les mécanismes habituels de narration, le cinéaste français nous amène le doute. Comme Anthony, on ne sait ou se placer dans le temps, la montre d’Anthony est notre seul moyen de se situer face au temps. Autre moyen qui nous met le doute, ce sont des personnages qui apparaissent, qui disparaissent d’un coup. Face à ces situations, on a vraiment l’impression de perdre le contrôle, de ne plus maîtriser notre environnement.

C’est très intéressant d’avoir un acteur comme Anthony Hopkins qui dans ses grands rôles était quelqu’un toujours dans le contrôle, un acteur avec qui notre cinéphilie a grandi, qui avec ce film perd le contrôle. La encore pour le spectateur, c’est quelque chose de troublant, d’autant plus qu’il nous sort une performance inégalable. L’acteur le dit lui-même, il est porté par l’excellent scénario de Florian Zeller et Christopher Hampton qui montre que ce sont deux excellents dramaturges. On pourrait dire que Hopkins et Olivia Colman ne font que retranscrire le script, mais ils le font d’une façon si naturelle qu’on le croit. Ces sauts d’humeur, l’importance de la possession des objets et d’un lieu, le fait de croire qu’on essaye de lui prendre quelque chose, ce sont des éléments qui sont réels quand on est atteint de cette maladie. La prouesse de ce film, c’est qu’on se met naturellement à la place du personnage d’Anthony Hopkins. On ressent ses doutes et on pense que c’est un coup monté de sa fille afin de l’envoyer en maison de retraite. Juste en changeant quelques codes narratifs basiques, il nous amène le doute, et cela montre qu’il a une maîtrise des outils narratifs du cinéma, lui qui est un dramaturge dans le théâtre déjà très réputé.

Si Florian Zeller se met au cinéma, il ne renie pas pour autant ses différentes expériences dans le théâtre. Il utilise même des outils théâtraux afin d’en faire une force pour son film. La manière dont il dispose cet appartement, la manière dont il va filmer cet endroit nous fait penser à du théâtre. Alors qu’on pourrait penser qu’il ouvrirait cet endroit, Florian Zeller va renforcer cet espace clos afin d’utiliser l’appartement comme un personnage. Cet appartement, dont on a la certitude que c’est celui d’Anthony au début, va par la suite être modifié, afin de nous montrer que le personnage vit maintenant chez sa fille, mais reste persuadé que c’est son appartement. Plus le film avance, plus le personnage va voir en arrière-plan de nouvelles choses. On distingue aussi des couleurs plus froides nous faisant penser à un autre endroit. C’est par cet appartement que le doute s’élève encore plus chez nous. Avant la révélation finale, on est dans l’incapacité de se placer face à ce qu’on voit. On subit quelque chose, comme Anthony subit cette maladie et ne peut plus rien faire. Le cinéaste français arrive à nous mettre dans le même état que le personnage d’Anthony Hopkins. C’est cette sensation que voulait créer Florian Zeller qui nous propose un premier film intelligent et juste. Je vois Father comme avant tout une expérience immersive sur cette maladie qu’on connaît un peu, mais qu’on ne sait pas forcément en parler. Cette expérience est une immersion afin de nous sensibiliser encore plus sur cette maladie terrifiante touchant beaucoup de personnes. 

The Father

The Father est un film de Florian Zeller, écrit par Christopher Hampton et Florian Zeller (adapté de la pièce The Father, de Florian Zeller). Avec Anthony Hopkins, Olivia Colman, Marc Gatiss, Imogen Poots, Rufus Sewell et Olivia Williams.

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