Slalom : Excellent comme une descente olympique

Lyz (Noée Abita), 15 ans, vient d’intégrer une prestigieuse section ski-études du lycée de Bourg-Saint-Maurice. Fred (Jérémie Renier), ex-champion et désormais entraîneur, décide de tout miser sur sa nouvelle recrue. Galvanisée par son soutien, Lyz s’investit à corps perdu, physiquement et émotionnellement. Elle enchaîne les succès mais bascule rapidement sous l’emprise absolue de Fred…..

Slalom: Noée Abita, Jérémie Renier

Mettons les pieds dans les plats. Dans notre société, on assiste à un véritable changement avec les différentes prises de paroles. On voit une véritable liberté de la parole ces dernières années. L’affaire Westein a permis d’enclencher le mouvement Mee Too. Même si on est loin d’en avoir terminé avec ce combat, les différentes victimes d’agression sexuelle expriment ce qu’elles ont vécu, témoignent de cette peur suite à une agression, parlent de la peur de témoigner. Tout cela est bon signe d’un changement. Sauf que dans le sport, c’est une autre histoire.

Pour le sport, on peut véritablement parler d’omerta sur le sujet. Pourtant, en 2009, une étude demandée par le ministère des Sports nous disait qu’il y avait 11,2 % de violences sexuelles dans le monde du sport. Dans cette histoire, il n’y a pas de meilleur ou de mauvais moment pour le faire, mais au bout d’un moment, il faut agir. C’est tout un système qu’il faut changer, afin que les jeunes sportifs en construction se sentent en sécurité, notamment quand ils.elles sont sur la douche, ou dans un vestiaire. C’est des moments ou une jeune personne est vulnérable. D’autant plus que la relation entre un entraîneur et un sportif est particulière. Dans son livre UN SI LONG SILENCE, Sarah Abitol disait que l’entraîneur est la personne avec laquelle ils passent le plus de temps. En plus de son rôle, il est aussi psychologue, parent, confident. Il voit les bons comme les mauvais moments. Un entraîneur connaît son sportif sous le bout de la langue et installe tout au long une relation de confiance. Quand c’est quelqu’un de mal intentionné, cela peut dégénérer et être dangereux comme on le voit avec Liz, dans SLALOM, ou il y a plus de limites. L’entraîneur peut profiter du contact dans le sport pour faire des choses horribles.

Ce qui est horrible, c’est de voir que ces hommes soient protégés par tout un système. Le monde du sport voit surtout l’aspect sportif, accepte ces relations particulières entre un sportif et son entraîneur, car ils ne voient que la compétition et la performance. Ce n’est pas grave si un entraîneur est toxique, si un entraîneur pousse au bout une adolescente de 17 ans. Le plus important pour ce sont les résultats.

Même si on commence à en parler avec des livres, comme on avait cité précédemment celui de Sarah Abitol, on est vraiment loin d’avoir brisé l’omerta. La preuve avec la déclaration de Laura Flessel, quand elle était ministre des Sports en 2017, disait qu’il n’y avait pas d’omerta. Nouvelle preuve d’un monde du sport qui non seulement est silencieux, mais accepte ce qui se passe réellement à l’intérieur du sport. Pour Charlène Favier, la réalisatrice de Slalom, c’était la goutte de trop et l’élément déclencheur pour faire son premier long-métrage. Elle qui connaît le monde du sport et qui a aussi été victime d’abus sexuels. On ne peut pas être mieux placé qu’elle pour évoquer ce sujet dont il faut en parler le plus vite possible, afin d’enfin briser une omerta qui ne doit plus exister.

Slalom: Noée Abita

Je ne pensais pas le dire, mais Charlène Favier arrive à rendre ce sport si intéressant cinématographiquement. C’est si emballant de suivre une descente ou un slalom géant quand on voit Slalom. Les gens qui aiment regarder sur Eurosport la saison de Ski Alpin, vont sûrement adorer ces différentes scènes de compétition, mais les gens pour qui ce sport n’est pas familier peuvent être pris de passion par l’intermédiaire de ces scènes.

La démarche de la réalisatrice est assez intéressante quand on repense à ces différentes scènes qui ne sont pas là pour casser l’ambiance, mais pour être dans une continuité de la scène précédente. On voit cette pression qu’à Liz, on voit qu’elle veut réussir et que tout peut s’écrouler au moindre faux pas. On voit tout simplement ce vertige de la compétition sur un sport ou il faut aller vers l’avant. Chaque fois qu’on voit Liz faire une compétition, on ressent tout son stress dans la préparation, le bruit d’une grande compétition. On est littéralement plongé dans ce monde sportif et on ne sait plus ou se placer. Charlène Favier nous propose une immersion unique dans le monde du sport par l’intermédiaire de ces quelques scènes.

Il y a déjà une telle maturité dans le premier film de la cinéaste française. On parlait d’une réalisatrice qui connaît le monde sportif et arrive à utiliser le cinéma et la dramaturgie de cet art, pour rendre un sport si intéressant. Je pourrais même me dire que je pourrais voir un film sur cricket si c’est réalisé par quelqu’un qui a la même maîtrise qu’un premier film comme Slalom. 

Slalom: Jérémie Renier, Noée Abita

Ce qui intéresse surtout Charlène Favier, c’est cette fameuse relation entre un coach et une jeune sportive. Elle ne brûle jamais les étapes, en prenant le temps d’installer cette relation, afin de donner des réponses au pourquoi du comment. On voit d’abord cette adolescente qui se cherche, qui cherche une raison de vivre, qui cherche toujours à repousser les limites et qui avec Fred comme coach à une figure paternelle, quelqu’un qui semble être quelqu’un de sa famille sur qui elle peut compter. Tout ce qu’on voit par l’intermédiaire de ce personnage, ce sont les conséquences de tout un système qui fragilise ces jeunes entre le planning intense, l’éloignement familial, la perte de son corps au profit du sport et les blessures qu’elles soient d’un point de vue physique ou psychologique. Tout ceci participe à la fragilité de plus en plus forte de Liz qui se fait aspirer par un coach qui profite de la fragilité d’une adolescente.

Quand on évoque Fred et sa relation avec Liz, Charlène Favier parle de cette triple domination qui explique encore plus cette vulnérabilité. Mais par sa mise en scène, la réalisatrice est toujours dans cette optique de nous faire ressentir ce que vit son personnage et on ressent intensément ce qui se passe avec Fred. Dans cette triple domination, on ressent la domination du coach, celle de l’adulte qui dit les règles et pour finir l’homme qui impose ses pulsions. C’est quand on voit Fred qui ne retient plus ses pulsions qu’on voit un Jérémie Renier qui arrive à sortir de ce personnage quelques choses d’intéressants, déjà qu’il aspire cette caméra mettant Liz en retrait, pour nous que la jeune adolescente est sous son emprise, il aspire toute son énergie. Par sa performance, il accompagne ce bijou d’écriture. Il arrive à nous faire voir la frustration de cet ancien sportif, qui voit Lyz et surtout son potentiel comme une opportunité, mais qui au fur et à mesure du long-métrage va dépasser une limite dans cette relation. L’acteur français arrive à montrer toutes les problématiques autour de ce personnage, tout en gardant cette subtilité propre au film. Sans mettre le surligneur, Charlène Favier montre intelligemment comment un homme se sert de sa position afin d’être dans un abus. C’est par cette frustration qu’on voit cet homme d’une grande fragilité mentale qui utilise sa position face à une adolescente. C’est si bien montré et si bien interprété que pendant tout le film, on se pose des questions sur ce personnage, mais par la suite, on verra surtout un homme qu’il faut éloigner du monde du sport et des adolescents. 

Quand il va trop loin, le film change radicalement de couleur, pour passer vers un rouge plus présent. Ce rouge peut être traduit par cette limite franchie par Fred, par Lyz qui va rentrer dans ce cercle vicieux et toxique avec son entraîneur. Cela représente aussi un grand danger, autour de cette relation qui n’est pas saine. C’est un rouge si angoissant, si oppressant, qui arrive très bien à se mélanger avec des scènes de sexe qui nous procure une émotion assez particulière. Charlène Favier ne fait pas dans le voyeurisme en restant du point de vue de Liz. C’est un constant malaise dans ces scènes qui nous fait ressentir cette impuissance de Lyz. C’est si lent, c’est si désagréable, mais cela nous montre en quoi, c’est compliqué pour ce personnage de sortir de ce piège.

Slalom: Noée Abita

C’est aussi dans sa fin que l’on peut voir une réalisatrice qui impose déjà son style, qui est toujours dans cette question d’assumer de bout en bout son premier long-métrage. On peut être assez déçu de cette fin qui aurait mérité de prendre plus de temps afin de voir Lyz qui sort de ce piège, qui s’échappe de l’emprise de son coach, mais dans cette fin minimaliste, Charlène Favier nous montre un personnage qui a réussi à trouver un apaisement, une maturité. À partir du moment ou elle dit non, elle est en accord avec elle-même, elle est victorieuse de quelque chose de plus grand, car elle a repris en main son corps et sa vie.

Pendant 1 h 32, Charlène Favier parle de plein de choses, propose un film si intéressant par l’intermédiaire de ce personnage. Si jamais d’autres paroles s’éveillent grâce à Slalom, c’est déjà une très grande victoire. Ce film peut être le début d’un véritable mouvement dans le monde du sport. Charlène Favier n’en fait pas un plaidoyer. Elle est dans cette démarche de commencer à en parler afin qu’on voie les changements. Par son vécu, par déjà une telle maîtrise, nul doute que cette cinéaste continuera de nous toucher, de nous sensibiliser, de commencer à créer des discussions essentielles. Elle a utilisé à merveille le cinéma pour parler de cette thématique qui lui tient à cœur. On le ressent dans sa manière de raconter cette histoire, de filmer ses personnages et surtout quand elle parle de ce premier long-métrage. Je recommande vraiment son interview dans le podcast Sorociné. On voit une femme débordante d’énergie, qui adore tenir une caméra et qui a tant d’histoire à raconter.

Slalom

Slalom est un film de Charlène Favier, écrit par Charlène Favier et Marie Talon. Avec Noé Abita et Jérémie Renier

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