Promising Young Woman : Emerald Fennell déconstruit et dénonce tout ce que nous raconte la popculture

Tout le monde s’entendait pour dire que Cassie (Carrey Mulligan) était une jeune femme pleine d’avenir…jusqu’à ce qu’un évènement inattendu ne vienne tout bouleverser. Mais rien dans la vie de Cassie n’est en fait conforme aux apparences : elle est aussi intelligente que rusée, séduisante que calculatrice et mène une double vie dès la nuit tombée. Au cours de cette aventure passionnante, une rencontre inattendue va donner l’opportunité à Cassie de racheter les erreurs de son passé.

Promising Young Woman: Carey Mulligan, Bo Burnham

Comme le disait Anaïs Bordague dans sa critique, en 2016 quand Brock Turner, étudiant de Stanford et accusé de viol, avec une condamnation à 6 mois de prison, on parlait avant tout de ses exploits sportifs. Il y avait cette volonté de raconter le récit d’un homme prometteur, qui avec cette accusation, n’a plus cette prometteuse carrière que racontaient tant les médias. Ce qui est embêtant ou encore gênant, voire problématique, c’est qu’on parle de l’agresseur, on parle du violeur, on met en victime la personne qui détruit la vie d’une autre personne. Jamais il sera question de parler de la véritable victime, de lui permettre de raconter ce qu’elle a vécu.

Le cinéma, par ses différents mouvements comme Mee Too permet de briser la glace afin que les voix s’élèvent et qu’il y ait un véritable débat afin de faire changer les choses. Quand une comédie comme MOXIE, est réalisé par une femme, cela permet d’offrir au 7e art un autre regard intéressant. Pour PROMISING YOUNG WOMAN, on savait déjà ce qui intéressait sa cinéaste Emerald Fennell, quand elle était la showrunneuse de la saison 2 de KILLING EVE, une saison mettant beaucoup en ses personnages féminins, face à un climat ou le masculin est toujours dans une positon dominante. Pour son premier film, Emerald Fennell, parle non seulement de Nina, une femme prometteuse, en fac du médecine, qui à la suite d’un viol met fin à ses jours, mais la cinéaste s’intéresse surtout à ce que peut vivre Cassie, la meilleure amie de Nina.

Promising Young Woman: Carey Mulligan, Bo Burnham

Emerald Fennell joue vraiment avec l’attente des spectateurs. On voyait ce film comme un thriller, comme un Rape and Revenge, un genre cinématographique qui a l’air de revenir sur le devant de la scène. En France, on a pu regarder cette année THE NIGHTINGALE, mais c’est un genre cinématographique dont on a toujours du mal à se situer. Etant surtout réalisé par des hommes, cela offrait quelque chose qu’on n’arrivait pas à avoir une satisfaction, la faute à un regard trop masculin. Si Promising Young Woman nous faisait penser au Rape and Revenge par son début et la quête de Cassie, c’est loin d’être le cas. Il y a une violence, mais cette violence est psychologique. Tout ce que nous montre la réalisatrice, c’est pour parler de la psychologie de son personnage. Elle nous montre une femme qui depuis la perte de sa meilleure amie a complètement mis sa vie de côté. Quand on voit sa chambre très girly, quand on voit sa façon de boire un jus de fruit, on voit avant tout une femme qui a complètement arrêté de vivre, suite à la perte de sa meilleure amie et cette culpabilité d’avoir était impuissante.

La cinéaste est dans une optique de déconstruire tout ce que la pop culture nous racontait. Sous ses airs de film pop très colorée, Emerald Fennell dénonce tout ce qui constitue cette culture du viol dans notre société. Quand elle instaure dans son film une romance entre Cassie et Ryan (Bo Burnham), romance reprenant complètement la romcom, c’est pour nous expliquer, que ces films qu’on aime tellement participe à cette fameuse culture du viol. Elle arrive à créer en nous cet électrochoc. Ainsi, Ryan n’est pas vu comme un prince charmant, mais comme quelqu’un d’instant, quelqu’un qui n’a pas un comportement sain. Même si on adore les comédies romantiques, on peut avec ce film se dire que tout ce que nous montre la comédie romantique dans le cinéma américain n’est pas acceptable. On ne doit pas le tolérer, sous prétexte que c’est mignon de voir Ryan qui insiste auprès de Cassie dans son lieu de travail. Dans les faits, c’est surtout un homme qui insiste auprès d’une femme. C’est de l’harcèlement, mais le cinéma à cette habitude de le romantiser. Promising Your Woman nous montre en quoi la fiction et le cinéma à son rôle dans cette culture du viol ancrée dans la pop culture.

Promising Young Woman veut aussi nous faire changer notre regard sur les violeurs. Quand on pense à un violeur, on pense à des hommes qui ont une tête de hors la loi, à des prédateurs ou encore à des porcs. Cette vision faussée est la conséquence de ce nous raconte le cinéma avec les Rape and Revenge. Quand Emerald Fenell et la production choisissent des acteurs comme Adam Brody, Christopher Mintz-Plasse ou encore Chris Lowell qui sont les boys next door et héros de comédies romantique, c’est pour ainsi dire que les violeurs sont de véritables caméléons se cachant très bien dans la foule. Le violeur peut très bien être une personne galante, qui a l’air aimable, mais cette personne fait des choses atroces derrière ce sourire. Cette déconstruction de tout ce qu’on nous raconte ce film, nous fait réfléchir sur une remise en question nécessaire chez les auteurs, mais de toute une industrie, pronfondément masculine.

Promising Young Woman: Carey Mulligan

Si tout ce processus de déconstruction offre un premier film très intéressant de la part d’Emerald Fennell, on voit néanmoins beaucoup de maladresse dans son écriture. Cette écriture se ressent au travers de Cassie. Elle n’arrive pas à se positionner face à ce personnage. Quand on voit Cassie dans les premières minutes avec sa vengeance, on voit littéralement quelqu’un de très froid, mais avec qui on s’attache quand le personnage de Carey Mulligan, se laisse vivre permettant à l’autrice-réalisatric de nous raconter toute sa tristesse. Il aurait fallu qu’elle garde ce cap. Malheureusement, dans sa dernière partie, elle se retrouve piégée par le Rape and Revenge en refaisant de Cassandra, une personne froide et calculatrice. Pire que de faire revenir Cassandra au point de départ, elle essaye de nous donner satisfaction lors de sa fin. Quel dommage de retomber dans les travers du rape and revenge qui n’était pas nécessaire. Tout au long de son film, Emerald Fennell réussit à le contourner et à s’en servir pour servir un propos intéressant. Avec cette fin amère, on voit une véritable hésitation sur comment conclure cette histoire, comment conclure son premier long-métrage avec un sujet costaud.

Si cette fin semble ratée et peut gâcher un peu les nombreuses qualités de ce premier long-métrage. La promesse de ce que peut faire ensuite cette réalisatrice est très forte. Quand on a vu la saison 2 de Killing Eve, on ne peut pas être surpris de ce que nous raconte la cinéaste américaine. Elle a une audace qui caractérise déjà son œuvre. On peut être aussi très content d’avoir des réalisatrices comme Emerald Fenell. Le mouvement ne peut que suivre. Avec le temps, ce seront sans doute des femmes qui vont enfin compter dans cette industrie qui a bien besoin d’être changée. La preuve Promising Young Woman marche, car il amène un côté rafraîchissant. Emerald Fennell amène ce vent de fraîcheur qu’on attendait depuis Mee Too. 

Promising Young Woman

Promising Young Woman est un film écrit et réalisé par Emerald Fennell. Avec Carey Mulligan, Bo Burnham, Alison Brie et Jennifer Coolidge.

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