Alerte Rouge : être un panda roux ça chamboule pas mal de choses

 Pixar, ça veut dire quoi pour nous. Je ne saurais pas répondre pour les autres, mais pour ma part, c’est un émerveillement quotidien, ce sont des films qui me touchent énormément. Quand j’y repense, je revois les messages universels ou surtout la direction que prend Pixar dans ses thématiques depuis Coco. Tout cela est bien joli, mais l’inclusivité au sein de Pixar, c’est une tout autre histoire. Cette histoire n’est pas forcément joyeuse, quand on repense à ce qu’a vécu la réalisatrice de Rebelle, Brenda Chapman. Cette dernière a été renvoyée de son propre film, un déchierement pour elle. Rebelle, c’est l’œuvre d’une vie, c’est un long-métrage qui pour Chapman lui permettait d’évoquer sa relation avec sa mère. Fort heureusement, l’ombre de John Lasseter est très loin. Des artistes plus progressistes peuvent émerger au sein de Pixar-Disney. Pour rester sur Pixar, il y a un changement de direction du studio qui a amené un vent rafraîchissant et moderne à l’intérieur des films. C’est pour cela qu’en 2022, nous avons Alerte rouge, réalisé par Domee Shi, qui devient ainsi le premier film Pixar, réalisée par une femme, mais n’oublions jamais la réalisatrice de Rebelle.

Alerte Rouge suit les aventures de Meillin Lee, une jeune adolescente de 13 ans, pleine d’assurance, mais tiraillée entre le fait d’être une adolescente parfaite au vue de sa mère très protectrice et le fait d’être une adolescente comme tout le monde. Le problème pour Mei, c’est qu’elle n’est pas une adolescente comme tout le monde et qu’elle se transforme en Panda Roux quand elle est débordée par ses émotions.

Les Girls Bands

On connaissait déjà Domee Shi, quand on avait pu voir son premier court-métrage Bao. On voyait quelque chose d’assez enthousiaste sur l’histoire d’une femme qui a l’occasion d’être mère quand l’un de ses raviolis à vapeur prend vie. C’était un court-métrage rempli d’idées. Elle utilise sa créativité pour parler de thématiques, bien précise. La métaphore était très bien trouvée. Pour Alerte Rouge, la cinéaste est dans cette continuité.

Inutile d’attendre pour voir qu’on va passer un bon moment. Alerte Rouge regorge de personnages avec 250 expressions. Une nourriture si travaillée qu’on pourrait croire qu’elle est vivante. Toronto la ville ou se passe le film est le théâtre des transformations de Mei. C’est un long-métrage qu’on accueille volonté par sa volonté de vivre. Il nous met de bonnes humeur. Quand on regarde le Making-of, on remarque de suite que ce film est à l’image de sa cinéaste. Elle aussi est joyeuse, elle a envie de vivre et profite de la chance qu’elle a de pouvoir faire ce long-métrage.

Tu veux voir mon Panda Roux ?

Avant de pouvoir faire Alerte Rouge, la cinéaste canadienne avait proposé trois scénarios abordant le passage à l’âge adulte quand on est des adolescent.e.s., c’est un thème qu’elle voulait clairement aborder. Ce script est le plus personnel. Elle montre une époque que les trentenaires ont connue entre le choix des musiques et les Boys Band. Si comme moi, on n’a pas connu cette période, on n’est pas non plus écarté. La puberté est quelque chose qu’on a connu. Sur pas mal de séquences, on peut s’y retrouver, parce qu’on a tous était des adolescent.e.s

Il ne faut d’ailleurs pas attendre 12 h à 14 h pour comprendre la métaphore. Le personnage qui peut se transformer en Panda Roux fait clairement écho à ce qu’une adolescente peut vivre. Le film y fait même allusion quand la maman de Mei pense que sa fille a ses règles pour la première fois. On peut voir ainsi toute cette pression sociale que peuvent vivre plein de jeunes filles. Au final, c’est juste Mei qui se transforme en Panda roux.

Que signifient réellement les transformations de Mei en Panda Roux.  Pour ma part, je vois cela comme un moyen pour Domee Shi de pouvoir parler de l’adolescence et de tous ces changements qui arrivent.  Au début, on voit une jeune fille confiante, elle a son groupe d’amies, elle a des rêves, elle a des bonnes notes, c’est une autoroute de la tranquillité pour elle. Quand elle se transforme pour la première fois, c’est un véritable chamboulement. Son corps lui explique qu’elle évolue. Ses envies sont différentes et surtout, elle prend les choses à cœur. On repense à ces moments ou nous ado, on pouvait s’énerver pour un rien contre nos parents, on voulait partir à un concert sur un coup de tête avec nos potes. On est en plein changement dans cette période. Mei doit apprendre à se contrôler dans sa prise de conscience et découverte du monde qu’il entoure, l’apparition des premiers sentiments amoureux, et du début de l’attirance physique. C’est un véritable travail sur soi-même. 

Il y a aussi, tout ce dilemme social dans lequel beaucoup d’adolescent.e.s se reconnaîtront. Ce n’est pas mon cas, mais il est possible que beaucoup de personnes aient vécu, un phase de puberté délicate par le fait de devoir faire un choix. C’est encore plus présent quand on en sait un peu plus sur la réalisatrice. Domee Shi est canadienne, elle a vécu au Canada depuis qu’elle a deux ans. Par contre, son patrimoine culturel, c’est la culture chinoise de ses parents. Tout devient compliqué pour des jeunes comme Mei. Sa famille représente le schéma traditionnel de la société conservatrice chinoise. On attend de Mei qu’elle ait de bonnes notes, qu’elle soit sérieuse, chose qu’elle fait dans son quotidien, mais elle a des envies de connaître cette forme de K.O. lié à l’adolescence.

Tout le film est une réflexion d’un personnage. Elle doit choisir entre ne jamais décevoir ses parents, mais avoir sans cesse une frustration de ne pas pouvoir exprimer qui elle est, et être avec ses copines avec qui elle trouve une sorte d’apaisement, parce qu’elle sait qui elle est . C’est tout un équilibre que le personnage doit trouver afin d’éviter de se perdre dans une réflexion qui ne peut jamais avoir de réponses. 

Il était une fois la révolution à Pixar

Alerte Rouge est un film qui parle de chamboulement, chez Pixar aussi il y a tout un chamboulement en coulisse. Comme je l’ai évoqué en début de la chronique, les temps ou John Lasseter régnait sur Disney-Pixar sont lointain. Dans les productions des deux boîtes, on sent une libération. C’est le cas chez Disney depuis que Jennifer Lee est directrice créative. C’est aussi le cas chez Pixar depuis que Pete Docter occupe le poste depuis le départ de Lasseter. Ces deux cinéastes incarnent un progressisme nécessaire à ces deux boites. Sans la réalisatrice de la reine des neiges, un film comme Encanto aurait pu voir difficilement le jour. C’est pareil pour Alerte Rouge.

On peut même aller au-delà du simple fait que c’est le premier film réalisé par une femme. Je vois Alerte Rouge comme une révolution au sein de Pixar. Tout les postes clés, sont occupés par des femmes. Ces femmes, à qui on avait pu refuser qu’elles aient des responsabilités au sein des grosses boîtes de cinémas, Maintenant, elles peuvent les occuper. Le film représente clairement ce qu’a pu vivre Domee Shi, mais je vois l’opportunité de beaucoup de femmes de pouvoir aussi raconter cette histoire dans les différents départements de Pixar. 

C’est un sentiment de liberté qui manquait dans beaucoup de studios qu’on peut enfin avoir. Quand on voit la manière dont le film traite l’adolescence, c’est un point de vue dont on avait bien besoin. Cette justesse dans la manière d’aborder cette thématique était nécessaire. Avec Pete Docter chez Pixar, et le fait que Domee Shi grimpe les échelons chez Pixar, montre que le changement peut continuer. Prochaine étape de l’histoire : Buzz l’éclair. 


  • Titre : Alerte Rouge (Turning Red en VO)
  • Réalisatrice : Domee Shi
  • Scénario : Julia Cho et Domee Shi

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