Macbeth : Voir des corbeaux n’est jamais un bon signe

C’est un événement, mais Macbeth signe la fin du duo des frères Coen au cinéma après plus de trente ans de cinéma. Un cinéma dans lequel ont a pu avoir des propositions folles, variées, marrantes et de personnages assez uniques et surtout inoubliable. On pouvait voir les films des frères Coen, comme une véritable troupe de théâtre puisqu’on retrouvait régulièrement George Clooney ou encore Frances McDormand qu’on retrouve dans ce film, qui est le premier long-métrage que Joel Coen fait en solo. Depuis La Ballade de Buster Scruggs en 2019, Ethan Coen a l’air de rentrer dans une période de pré-retraite, assez loin du cinéma. Tout le contraire de son frère qui pour un premier film en solo s’attaque à une œuvre de Shakespeare.

Macbeth (Denzel Washington), est l’histoire d’un seigneur écossais convaincu par un trio de sorcières qui d’il deviendra le prochain roi d’Ecosse. Il sera par la suite soutenu et aidé par son ambitieuse épouse (Frances McDormand) dans ses plans et dans son envie de prise de pouvoir.

Adapter Macbeth, quand on a toujours travaillé avec son frère, c’est un sacré challenge. La pièce de Shakespeare a toujours eu ses moments d’existence au cinéma. Dès le début du XXe siècle, cette œuvre a été adaptée. Ensuite, d’autres cinéastes se sont essayé comme Orson Welles en 1948Polanski en 1971Béla Tarr en 1983 pour la télé hongroise, ou plus récemment Justin Kurzel en 2015. On peut même signaler que Kurosawa a fait sa version avec le Château de l’Araignée en 1957

.On connaissait les frères Coen ou il y avait toujours une certaine application dans leurs longs-métrages. C’est toujours extrêmement réfléchi et très travaillé. C’étaient des cinéastes qui poussaient au maximum les outils qu’ils avaient à leurs dispositions, en plus d’être de très bons raconteurs narrateurs. Joel Coen n’a pas perdu cette habitude en créant une ambiance très particulière. Tout est dans le noir et blanc. Le cinéaste joue avec nous sur le fait de ne jamais savoir si c’est le jour, ou c’est la nuit. Ce qui en ressort, c’est une atmosphère très psychologique. Le fait que la musique intervient seulement lors des titres d’ouverture permet au silence d’avoir une place très importante. C’est plutôt un travail de conception sonore que Carter Burwell effectue. Ce travail sonore pour nous spectateur.rice.s est particulièrement angoissant, souvent insupportable. On ressent un certain poids de ce fond sonore qui ne nous quitte jamais.

Comme souvent, chez Coen, l’aspect visuel a une place extrêmement importante. Macbeth n’est pas un intrus. Outre ce noir et blanc lourd de sens, le réalisateur utilise énormément d’effets spéciaux pour créer cet univers. C’est un monde rempli de symboles. Par exemple, les Corbeaux qui représentent une forme d’obscurité avec un noir très sombre, évoquent sans arrêt un mauvais sort qui attend Macbeth. Autre symbole qui a son intérêt, ce sont les nuages. Ce qui m’interpelle, c’est dans l’utilisation des nuances de gris cachant complètement le décor. L’écosse et son château est aspiré par des démons. On ne voit pas l’horizon, parce que ce qu’il règne, c’est une peur, c’est une forme de folie qui aveugle Macbeth dans son désir d’être roi.

Ce qui est remarquable avec l’adaptation de Joel Coen, c’est qu’il n’oublie jamais la base de MacBeth qui est une pièce de théâtre. Le cinéaste américain va même se servir de cette base pour en faire du cinéma. Cela prend tout son sens quand on se concentre sur les performances de Frances McDormand et de Denzel Washington.

Quand on voit ces deux comédien.nes, on est tout simplement emporté.e par cette histoire qui évoque sans arrêt une forme de folie des deux personnages, prêt.e.s à tout pour accéder à leurs buts. Je dirais même qu’iels sont possédé.es par l’appel à la couronne qui semble avoir des pouvoirs psychique sur le personnage de Denzel Washington. Joel Coen utilise la base d’une bonne performance théâtrale, car ce n’est pas seulement une question de jouer un rôle, mais c’est le fait de le porter intégralement. La manière dont les personnages s’expriment est essentielle. Ce qui est savoureux avec cette adaptation, c’est de voir deux acteur.trice.s embrasser la langue anglaise, permettant d’égaler la surpuissance de la dramaturgie de Shakespeare. Cette langue anglaise qui parait justement si noble et si belle quand le théâtre est présent, mais peut nous offrir de belles surprises avec le cinéma qui n’est jamais très loin.

Macbeth est un défi réussi pour Joel Coen, qui montre que même en étant en solo, il n’a rien perdu. On retrouve tous les bons ingrédients d’une très bon film coenien qui a sa proposition sortant de l’ordinaire, qui nous offre une narration puissante et surtout un très bon moment de cinéma dans une dramaturgie reprenant assez bien ce qu’écrivait Shakespeare. Maintenant, quel sera le prochain défi du cinéaste américain, qui a l’air d’aller vers quelque chose de bien différent des travaux qu’il a pu faire avec son frère.

  • Titre : Macbeth (The Tragedy of Macbeth en VO)
  • Réalisateur : Joel Coen
  • Scénariste : Joel Coen (basé sur la piéce de théâtre Macbeth de William Shakespeare
  • Casting : Denzel Washington, Frances McDormand, Bertie Carvel, Alex Hassell, Corey Hawkins, Harry Melling, Kathryn Hunter et Brendan Gleeson

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