Julie (en 12 chapitres) : Quand Julie rime avec vie

Julie en 12 chapitres est un film qui a fait beaucoup de bruit. Considéré comme une sorte de douceur lors de la 74e édition du festival de Cannes, dans lequel l’actrice, Renate Reinsve a eu le prix de la meilleure interprétation féminine totalement méritée. C’est un long-métrage qui mine de rien a bercé beaucoup de spectateur.rices pendant cette année 2021. Nous sommes en 2022, j’ai pu enfin voir si cette madeleine douce tenait ses promesses. Effectivement, j’ai moi aussi, j’étais conquis par le film de Joachim Trier.  

Julie (Renate Reinsve) en 12 chapitres, c’est l’histoire d’une jeune trentenaire habitant à Oslo. Elle est pleines de ressources, mais peine à trouver sa voie. Bien qu’heureuse avec Aksel (Anders Danielsen Lie) , un dessinateur à succès, aimant et protecteur, elle refuse l’enfant qu’il désire. Elle le quitte pour Eivind (Herbert Nordrum), espérant une fois de plus commencer une nouvelle vie.

Julie en 12 chapitres, c’est d’abord une histoire de cadre. Pourquoi Trier ouvre son film par cette première séquence ou nous voyons Julie seule, en étant loin de tout et regardant les autres. C’est pour tout simplement expliqué un personnage qui se cherche, qui a envie d’être dans ce cadre, mais qui pour l’instant est hors de ce cadre. Soit parce qu’elle ne sent pas forcément à l’aise, soit parce qu’elle ne sait pas dans quel cadre elle veut être. La grammaire cinématographie est véritablement au centre de la réflexion du personnage. Encore plus, quand elle évoque cette peur d’être un personnage secondaire de sa propre histoire. Cette phrase est lourde de sens, parce qu’elle évoque cette question d’être le maître de notre destin, mais qu’on n’arrive tout simplement pas à prendre une quelconque décision pour notre futur.

On peut également parler d’une des plus belles séquences ou le monde est en pause sauf Julie qui cours vers autre chose, vers une nouvelle vie. Cela répond à un fantasme ou quand on est jeune adulte, quand on se cherche, quand on essaye de créer quelque chose. Parfois, quand on doute, quand on se cherche, quand ça se passe mal, on aimerait pouvoir mettre pause et faire une sorte de reboot afin de commencer une nouvelle vie. Ce passage est très beau parce que Joachim Trier, accepte de mettre en images, l’un des désirs de Julie. Le cinéaste norvégien dans ces quelques minutes nous emmène dans une sorte de rêve avec justement cette jeune femme qui va vers sa nouvelle vie. Sauf que cette envie de vivre plusieurs vie n’est pas réelle et cela explique beaucoup de choses de ce personnage comme le fait de ne jamais vouloir affronter la réalité, s’échapper en fait du cadre qui était pourtant son objectif. Cela dit beaucoup de choses d’une génération qui expriment beaucoup d’énergies négative.

Joachim Trier disait qu’il voulait faire un film sur l’amour, mais qui ne ressemble pas à toutes les histoires d’amour qu’on voit ou tout paraît si simple. Ce qu’il l’intéresse, ce sont les difficultés de rencontrer quelqu’un lorsqu’on a du mal à comprendre notre vie, c’est aussi de voir que l’amour peut nous faire douter. Juste avec ce propos, on voit toute l’intention du long-métrage qui se veut universel, et il l’est complètement, du début à la fin.

Notre expérience est surpuissante parce que c’est des aspects de la vie qu’on connaît, ou qu’on est peut-être entrain de vivre. Même si le personnage n’est pas de notre milieu social, car Julie a un certain train de vie. Alors, oui, elle bosse dans une librairie, elle veut être photographe, mais on la voit toujours soit dans une belle maison, soit dans de sacrés appartements. Elles arrivent toujours à rencontrer des personnes issues de la culture, comme son compagnon qui est un auteur de BD qui a du succès. Cette vie-là, elle n’est pas donnée à tout le monde. Mais le cinéaste norvégien, utilise ce personnage dans les réflexions qu’elle porte, dans ce qu’elle peut vivre. En quelques sortes, Julie en 12 chapitres, s’adresse à nous qui vivons ce genre de moment, mais au final à tout le monde, car au fond de nous, Julie est en nous.

On pouvait penser que l’idée de faire un film avec les chapitres pouvait appuyer un côté auteurisant avec une forte probabilité que ce soit pompeux et réfractaire, pour tout un grand public, mais ce n’est pas du tout le cas. Ces 12 chapitres qu’on pourrait tout simplement appeler, les 12 chapitres de la vie, parlent de l’infidélité, évoque le féminisme sur le prisme du mee-too. Il y a aussi le passage du nouveaux chapitre de notre vie, la cancel culture est aussi au programme. Enfin le 12eme chapitre, se termine par ce qu’on appelle la fin. Cette manière de raconter cette histoire participe au fait qu’on est connecté, je dirais même que c’est le long-métrage qui se branche avec les spectateur.rices.

Joachim Trier est un cinéaste qui est conscient du monde dans lequel on vit. Avoir un film qui parle à nous, c’est si rafraîchissant. Quand le long-métrage parle de l’infidélité, c’est toute la question que Julie se pose pour se dire, c’est quoi tromper quand elle rencontre Eivind (Herbert Nordrum). Ce sujet, je pense qu’on l’a tous abordé en le disant en rigolant et c’est même très intéressant que le cinéaste norvégien utilise l’humour pour montrer que des personnages prennent des risques juste en se disant si regarder quelqu’un qui va aux toilettes, c’est tromper, si sentir l’aisselle, c’est tromper. En dehors de l’aspect comique, ce que ça évoque c’est une génération, la mienne qui se pose des questions sur le couple, sur ce qu’est réellement l’infidélité. C’est intelligent de ne pas répondre à ce thème de façon philosophique pour avoir une moment barbant, mais de l’utiliser sous cette forme, sous cette insouciance, parce qu’on est comme ça.

Ce qui m’a surtout captivé.e c’est tout ce passage sur le féminisme, encore plus quand le réalisateur arriver à trouver les bons mots pour que ça fasse tic dans notre tête. Je ne veux pas dire exactement le titre, parce que quand on n’a pas vu le film et qu’on est face à ce chapitre, on se demande vraiment ce que le film va nous raconter. Au lieu que ce soit ridicule, c’est peut-être une des parties du film le plus intéressant quand on réfléchit sur cette oeuvre. Le long-métrage sait dans quelle époque, il sait quels sont les sujets de la jeunesse. Les questions sexuelles sont toujours aussi présentes de nos jours, mais ce qui change la donne, c’est le féminisme qui participe au débat. Moi qui suis féministe, je me retrouve facilement dans ces questions, d’autant plus quand on nous montre que Julie participe à ce débat en écrivant une tribune, sûrement pour son blog. Les moyens pour diffuser sa pensée sont variés et s’adaptent selon la forme qu’on veut y mettre. Je me revois avec mes écouteurs et mon téléphone entrain d’écouter le podcast de Victoire Tuaillon : le coeur sur la table, qui est un podcast qui parle de relation amoureuse sous l’angle du féminisme. 

Après, il y a des choses qui marchent moins bien dans ce que développe Julie en 12 chapitres. Je peine à comprendre pourquoi Joachim Trier décide d’évoquer la cancel culture. Ce qui est discutable, c’est de la manière dont il décide d’en parler. On nous présente cet auteur de BD comme étant quelqu’un de très sympathique, très patient et compréhensible, pour nous montrer un homme, qui quand il est en interview chez une radio, est comme Nicolas Bedos et plein d’autres mecs qui sortent cette fameuse phrase qu’on ne peut plus rien dire. C’est une réelle fausse note qui ne gâche pas toute la beauté de cette oeuvre, mais que veut-il réellement raconter avec ce chapitre, si ce n’est que c’est le fait qu’on est dans une société ou la question féminisme est très présente, et qu’on ne peut plus rigoler, écrire ou dessiner comme avant Si c’est le cas, c’est peut-être la seule fois ou le cinéaste norvégien manque de subtilité et n’essaye pas de proposer quelque chose aux specteur.rices.

Si Julie en 12 chapitres est merveilleux, c’est avant tout grâce à Renate Reinsve qui incarne Julie. Elle est absolument somptueuse et n’a pas volé son prix de meilleure prestation féminine à Cannes. Elle envoûte le spectateur dans ce qu’elle traverse. Ce qui est justement intéressant avecce personnage, c’est que Joachim Trier, n’est jamais dans une optique de la juger, mais plutôt de laisser une liberté de jugement dans les choix qu’elle va faire. Que ce soit dans les bons choix qu’elle va faire, mais aussi dans les mauvais choix, on n’a pas envie de la juger, mais plutôt de la suivre afin de voir ou la vie va l’emmener. Elle n’est pas parfaite, mais elle a beaucoup de qualités, mais aussi des défauts. Elle est tout simplement comme nous. Quand je vois l’actrice norvégienne, je pense également à Eva en aout et toute la beauté de l’interprétation d’Itsaso Arana. La ressemblance entre Julie et Eva, c’est qu’on ne connaît pas quand on lance les deux films, mais qu’on apprendra à les connaître en avançant dans ces deux belles œuvres. Ces deux femmes nous livrent toutes les émotions de la vie.

On est aussi très bien accompagné musicalement. C’est très agréable de naviguer dans le film avec ce choix d’une ambiance très jazzy. Elle prendra jamais le dessus sur Julie, mais l’accompagnera tout au long du long-métrage. C’est très doux et dans cette beauté, on pleure. C’est parfois amer et la aussi nous pleurons. Un film de cette envergure devait avoir une BO de cette qualité, et finalement ce que décide de mettre en place Ola Fløttum est à l’image du petit bijou de Joachim Trier.

La vie peut être triste, on a parfois de mauvaises nouvelles, on fait pas mal de mauvais choix, mais la vie nous réserve toujours des petits moments de bonheur qui nous fait comprendre, qu’il y a toujours quelque chose de très beau à aller chercher. Le film de Joachim Trier respire la vie et arrive à comprendre ses spectateur.rices qui sont emportés par ce tourbillon qui s’appelle Julie. Il mérite amplement tout les louanges qu’on a pu lire et entendu. Bon maintenant, il faut le digérer, il faut même repenser au film avec ce que moi, je traverse, avant de pourquoi pas y replonger. Peut-être pour la première fois, j’ai un film qui s’adresse à moi, qui comprend mes problématiques en tant que jeunes adulte et qui jamais sera dans une optique de me juger.

Julie (en 12 chapitres) (Verdens verste menneske), est un film de Joachim Trier, écrit par Eskil Vogt et Joachim Trier. Avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie et Herbert Nodrum

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